‹ Une voile a la mer poesiesChapitre 25 sur 57 · LE DOUTE · texte numérisé non relu

LE DOUTE

C’est l’esprit qui ricane auprès du coeur qui pleure...

(V. Hugo.)

O torture sans nom!... Supplice sans égal!...

Ne croire en toute chose, ici-bas, que le mal...

A l’amour, au bonheur, quand le ciel vous convie. Détourner se regards... et, maudissant la vie.

S’écrier : Tout au fond de vos bonheurs humains.

Je ne vois que dégoûts... beaux jours sans lendemain!...

Se dire : Ces regards qui ne sont que caresse...

Cette main qui se tend, qui vous cherche et vous presse, Ces lèvres qui n’ont plus que ce cantique ; aimer!.., Peut-être que demain, lasses de murmurer

Nuit et jour, pour vous seule, un refrain qu’on oublie Dès que du sens bestial la soif est assouvie,

Elles iront, cherchant déjà de nouveaux dieux.

Prêter d’autres serments... profaner d’autres cieux!...

Puis, quand le corps, vaincu, vers l’amour s’abandonne. Contenir à deux mains son âme qui bouillonne,

Et, sous un pacte impur, voudrait se révolter...

Cet horrible tourment n’a qu’un nom : c’est douter!...

Oui, douter!... c’est-à-dire en la reconnaissance. En l’amitié, l’amour, perdre toute croyance...

Et nier à jamais l’espoir en l’avenir!...

Ah! pour douter ainsi, tout ce qu’U faut souffrir... Ce qu’il faut voir crouler de chimères aimées...

De désirs incompris, de croyances sacrées...

Vous ne le saurez pas, si, d’abord confiants,

Vos cœurs ne sont venus jeter à tous les vents Les élans généreux d’une franche nature...

Si, trompés chaque jour, votre foi vive et pure

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Ne laissa ses lambeaux aux ronces du chemin...

Si le bonheur, pour vous, garda son lendemain.

Si vous croyez encore au monde, à ses caresses.

Si la gloire a tenu ses menteuses promesses...

Si Dieu ne brisa pas vos plus saintes amours...

Si les êtres aimés sont près de vous toujours-..

Si jamais un remords ne vint troubler vos sommes. Vous ne pouvez douter ni de Dieu, ni des hommes !...

Juin 1870.

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