L’OUBLI
La foudre, maintenant, peut tomber sur ma tète, Jamais ce souvenir ne peut m’élre arraché. . . Ck>mme le matelot brisé par la tempête Je m'y tiens attaché.
(A. de Musset.)
Avec ce froid linceuil, qu’ici-bas chacun traîne,
Et qu’on nomme le doute, il reste à Tàme humaine Deux chemins à choisir pour arriver au port :
Les uns disent l’ouhli... d’autres disent la mort... L’un et l’autre pourtant nous mènent vers la lomhe... L’un est ce qui finit, mais l’autre est ce qui tombe!..
O mort, tu nous conduis à ce terme fatal.
Que ne font dévier ni le bien, ni le mal,
Puisque tout doit finir, et la terre et les mondes. Et tout ce que Dieu mit dans les grottes profondes
Des vastes océans... Puisque c’est un tribut Que nous devons payer sans en chercher le but... Pourquoi devancer l’heure? Hélas! sur cette route, Chaque pas est compté, sans que nul ne s’en doute...
Trahis ou mécontents, pour beaucoup d’entre nous L’oubli semble un chemin plus facile et plus doux... Mais, pour ceux dont le cœur a plus longue mémoire. Qui, pour cesser d’aimer n’ont point cessé de croire... Dont l’âme saigne encor de ses chagrins passés...
Ou garde les splendeurs des rayons effacés...
L’oubli n’est qu’un vain mot... car ces âmes d’élite. N’aimant pas à demi, se donnent sans limite !...
Leur amour n’étant pas le'rêVe d’ün moment.
Ceux-là savent mourir de leur déchireinent...
Laissant aux cœurs étroits la noire ingratitude...
Tel le chêne en tombant garde son attitude.
Sous l’orage il se brise et ne peut se plier.
Dieu lit pour les petits la science d’oublier...
J uillet 1870.