DONNEZ
Donnez!... donnez encor... pour nos soldats, vos frères... Ces héros inconnus qui gardeiit nos frontières...
Donnez pour le blessé..'. Donnez pour le mourant... Donnez... il est un Dieu qui toujours nous le rend!.-.
Donnez!... la France, en deuil, à cet appel immense A répondu... chacun veut calmer la souffrance De ces nobles martyrs, nos vaillants défenseurs...
Qui tombent nous léguant leurs mères ou leurs sœurs!... Chacun, le pauvre môme, apporte son offrande...
Oui, le peuple, malgré sa misère plus grande.
N’écoutant de son cœur que l’élan généreux.
Dit : Ce sont nos enfants !... prenez, tout est pour eux!...
Prenez, dit le vieillard, il me faut peu pour vivre... De la veuve l’anneau, de l’écolier le livre.
De l’artisan le gain avec peine amassé.
S’en vont grossir le don qu'un plus riche a versé...
Mais vous, nobles seigneurs! vous surtout, nobles dames. Qui savez exciter la pitié dans nos âmes.
Est-ce donc faire assez que uous tendre vos mains?... Dans quel but cachez-vous tous ces' riches écrins?...
Pour qui ces diamants, oes ruineuses parures? Songeriez-vous, plaçant des fleurs à vos ceintures,
A reprendre, à côté de nos foyers en deuil.
Quand chaque femme, hélas! pleure sur un cercueil...
La danse au vol lascif, et l’intrigue amoureuse!... Croyez-vous à ce point notre France oublieuse?...
Le peuple, sans compter, donne sa foi, son or...
Mais qui donc lui rendra ses enfants, son trésor?...
Donnez!... n’attendez pas qu’une mère, affolée,
Ne vienne, interrom{«int la valse éçhevelée,
Arracher de vos fronts ce bandeau lumineux,
Qui brave sa douleur et dont l’éclat honteux Semble insulter déjà ses larmes, sa misère! .. Donnez!... n’attendez pas l’heure de la colère...
Quand l’ouvrier, mourant et de froid et de faim. Viendra dire ; « Avec nous il faut compter enfin!...
« Ces laquais cousus d’or, ces bijoux, tout ce faste,
« Qui donc vous le paya? » Donnez! du jour néfaste Les premières lueurs ont blanchi l’hoiizon ..
Charité fait parfois oublier Trahison.
Donnez! donnez encor... pour nos soldats vos frères... Ces héros inconnus qui gardent nos frontières!... Donnez pour le blessé, donnez pour le mourant... Donnez!... il est un Dieu qui toujours nous le rend!...
Juillet 1870.
oieii I
LA GUERRE AU Xir SIÈCLE
0 vous, nobles gueniers! mânes de nos aïeux!. . Ne vous éveillez pas, ne rouvrez pas les yeux!..- O Vercingétorix!... Roland!-., âmes vaillantes Laissez le temps rouiller vos armures pesantes-.. Car, devant l’ennemi, votre front rougirait. .
Oui, Rolland, dans tes mains, la honte briserait Ce glaive si fameux, cette lame invincible.
Si tu voyais tes fils, tantôt vivante cible.
S’agiter impuissants-- ou, tantôt en vainqueurs. Essayer à leur tour nos engins destructeurs.
Quel plus doux passe-temps pour des princes débiles? .. Et comme ils seront fiers de leurs gloires faciles...
Voyez ; là-bas s’avance un bataillon serré...
Un signe seulement et le voilà fauché...
Pour un pareil exploit, il faut peu de vaillance...
Il me souvient qu’ainsi j’aimais dans mon enfance,
A renverser d’un souffle un fort beau régiment De cartes, qu’aussitôt je relevais gaîment...
Car il n’y avait là ni querelles cherchées...
Ni familles en deuil... ni mères éplorées!...
Et le commerce, alors, loin d’être interrompu,
Grévé d’impôts moins lourds, partout était rendu Plus llorissant-.. Français, vous aviez moins d’entraves. . Ah! pour changer de maître, êtes-vous moins esdaves?... Quand, pour vous bâillonner, il faut si peu d’effort. Pourquoi proclamez-vous ce siècle grmd et fort9...
Il fait comme le bœuf-., trop longtemps il rumine...
Le savez-vous son nom?... C’est le siècle machine... Quelque jour par lui-même il sera breveté!...
Pourquoi chanter déjà vos chants de liberté !
Quand toujours plus nombreux, les geôliers sur la rive Semblaient dire tout bas : « A leur âme captive,
« Laissons prendre un essot' trop longtemps contenu...
« Mais, dans l’ombre, un verrou, c’est bientôt revenu... »
— Un enfant prit un jour deux pauvres hirondelles : ce Volez!.-, leur disait- il. Dieu vous donna des ailes!-.. Elles chantaient aussi, mais ne s’envolaient pas...
Car chacune à la patte avait un fil, hélas!...
De ce fil vous sentiez enfin la meurtrissure... Pourquoi donc si longtemps garder votre blessure? .. Pour le rompre, pourquoi remettre au lendemain?... Notre salut à tous était dans votre main...
D’un mot vous conserviez un fils à sa famille.
Et l’époux à l’épouse... et le père à la lille...
Vous proposiez des lois, au lieu de les subir,
Où donc aviez-vous pris cette soif d’obéir?...
Il fallait mordre au fruit, jetant au loin l’écorce...
De nos preux chevaliers, si vous n’aviez la force,
Si leur glaive trop lourd s’échappait de vos mains, Peuple, il fallait dicter vos droits aux souverains!.-
Oui, selon son pouvoir, chaque siècle a sa tâche... Mais, ne point s’égorger, ce n’est pas être lâche!... A défaut d’une épée, aux monarques trop vieux Donnez donc une plume.-, un traité glorieux Valait bien, croyez-moi, tout ce bruit de mitraille. Fait pour vous étourdir .. car, après la bataille.
En comptant tous vos morts, l’ivTcsse tombera... Peuple, il sera trop tard!..- ton front se courbera Tu pleureras enlin ton inerte faiblesse,
Mais il faudra plier sous la main qui t’oppresse.-. Sous le poids de ce joug qu’en un pacte onéreux. Tes fils auront signé de leur sang généreux !
Non, non!..- des vrais Français l’héroïque courage. Pauvre France, saura repousser l’esclavage.
Et les maux qui déjà semblent te menacer...
Tu vaincras... et bientôt nous pourrons effacer
Et détruire à jamais cette page maudite!...
Nos enfants, quelque jour, la retrouvant écrite, Ignorants du passé, nous jetteraient au front La honte du forfait dont on nous fait l’affront... « Vous deviez, diraient-ils, nous ai’racher la vie <c Plutôt qu’à l’étranger livrer notre patrie!... »
Allons!. . peuple, debout!... le moment est venu!... Des anciens jours, enfin, ton cœur s’est souvenu'... Allons! .. fils des géants! l’univers vous regarde. .
Oui, Dieu sera pour vous... car votre droit vous garde Et le ciel ne veut pas que l’innocent trahi,
A la place du traître ici-bas soit puni!...
Français, ne laissez pas souiller votre bannière...
Que l’ennemi recule et morde la poussière-..
Allons, nation libre, enfante des guerriers!...
Brise à jamais ta chaîne, et sauve nos foyers!...
Août et Septembre 1870.