LES CHÊNES
(Vous êtes toujours vieux et toujours rajeunis)... (Lecontk de Lisu;.)
(La Fontaine aux Lianes.)
Salut! je vous revois, ombrages séculaires,
C’est en vain que sur vous le souffle des autans Déchaîna tant de fois ses plus lourdes colères. Vous êtes toujours beaux, salut, chênes géants!...
Deux générations sont venues et sont mortes Depuis l’instant béni qui vous donna le jour ;
Pourtant, toi le plus vieux, en tes rameaux tu portes Au printemps, même espoir, mêmes nids, même amour!...
Quand juillet reparaît, tu prodigues encore Au passant, fatigué de ses vives ardeurs. L’ombre rafraîchissante, et du soir à l’aurore Ton dôme l’etentit de concerts enchanteurs ••
O transformation! ô nature! ô jeunesse!...
Secret qu’un doigt divin sur vos fronts a trace... Vous qui semblez mourir pour renaître sans cesse. Chênes, mes vieux amis, parlez-moi du passé!. .
Que vous en avez vus venir sous vos ombrages D’hommes au front pensif, de femmes aux doux yeux-.. Que vous en avez vus d’enfants de tous les âges Jouer sous vos rameaux, chênes majestueux!..-
Les uns viennent encor, penchant leur tête blanche ,
A l’heure solennelle où le jour va Unir,
Demander au zéphir qui rit dans chaque branche.
De répéter un nom cher à leur souvenir...
D’autres, au front plus jeune, à la démarche fière. Viennent vous confier, chagrins, amour, travaux,
A tous, vous semblez dire : • il faut que l’homme espère... Avant d’être géants, nous fûmes arbrissaux!... »
Pour vous, faibles roseaux, mes douces rêveries. Qui donc conjurera le souffle des autans?...
Ah ! qui donc reviendra sous ces ombres chéries. Se souvenant de moi, vous lire dans vingt ans?...
Janvier 1872.