‹ Une vois d'en basChapitre 10 sur 80 · LA FORGE · texte numérisé non relu

LA FORGE

Quel vacarme, soudain, sous ce toit noir éclate? A son vitrail, d'où vient ce reflet écarlate ?

D'où vient qu'on voit agir comme un spectre incertain

Dans les vagues lueurs de ce hangar lointain ?

Ah ! c'est le forgeron qui chante à pleine gorge

En frappant sur l'enclume, et rallumant la forge.

Ses compagnons cuivrés, en tabliers de cuir,

En gros bonnets de laine, en veste, font ouïr

Leurs lourds souliers ferrés dans l'étroite ruelle

Qui mène à l'atelier où l'heure les appelle.

Et d'abord le soufflet, poitrine de géant,

Embrase son haleine au mâchefer brûlant.

Amollissant l'airain dans l'ardente fournaise

Qui monte et s'élargit comme un fleuve de braise.

L'étau mord, sans pitié, le sabre du guerrier.

La lime, bruyamment, ronge et polit l'acier.

Puis, à travers le feu qui pétille et s'allume,

Le marteau lourdement retentit sur l'enclume ;

Là, l'essieu s'arrondit; l'étincelle, volant.

Autour des travailleurs va s'éteindre en sifflant,

Et ces bons compagnons, les manches retroussées,

Frappant, limant, forgeant, troublés dans leurs pensées.

Subissent le vertige, assourdissant oiseau,

Qui voltige à grand bruit au fond de leur cerveau.

Antiquité mystérieuse !

Sous le temps où tout disparaît.

Je vois la lettre sérieuse

De ton gigantesque alphabet.

X'est-ce pas, antiquité mère.

Que tes peuples, fils nouveau-nés, Graves, jusques en leur chimère.

Sur l'Etna se sont prosternés ?

Alors qu'ils écoutaient, avides.

Sourdre aux flancs caverneux du mont, Le soir, dans les brunies livides, Le bruit que ses entrailles font?

Alors que, la terreur dans l'âme, Ils regardaient l'e'norme jet D'e'paisse funie's et de flamme Qui s'e'levait à son sonmiet?

L'Etna rend le feu par la gorge.

Disaient-ils ; ses géants debout Brisent le fer comme grain d'orge.

Autour d'eux la montagne bout.

Entendez-vous? le sol palpite.

Les oiseaux se troublent dans l'air ; Le pâtre, que la peur agite, A fui ce soupirail d'enfer!

Très cher cyclope, au temps antique, Tu me montres le producteur.] Cet œil au front aussi m'explique Et ton génie et ta grandeur.

On déifiait le courage, Quand le laboureur, le soldat.

Allaient admirer ton ouvrage Par les crevasses de l'Etna.

Le travail avait des poètes:

Ils attribuaient ses produits A de laborieux athlètes Qui besognaient toutes les nuits !

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