LA CAMPAGNE
Paysan! paysan! nourricier du monde, < 'e que tu vas semant, les yeux sur l'horizon. Représente les biens dont l'avenir aJjonde ; Aujourd'hui c'est l'espoir; demain c'«3t la moisson.
C'est merveilleux à voir comme aux cliamps tout travaille
Sur le coteau, voici l'arbuste qui tressaille;
La sève, en bouillonnant dans un peu de chaleur,
< joutte à goutte s'péand et se transforme en fleur.
Va l'herbe de rosée avidement s'abreuve ; La couleuvre, au soleil, se roule et fait peau neuve, Alors que la fourmi traîne de lourds lambeaux Et les cadavres secs des petits vermisseaux.
L'aigle, au flanc du rocher, crie et bâtit son aire, L'autour pend une proie à l'ongle de sa serre, A l'heure où le zephir va mettre, éparpille's. De beaux insectes bleus sur la tête des ble's.
L'oiseau fourre son nid dans l'e'jiaisse Jjroussaille Tandis qu'une couve'e à côte' se chamaille ; l-^t puis dans la prairie, un soyeux papillon Etale sur les fleurs son joli vermillon.
Puis, l'on sent remuer le lézard sous la mousse. Au pied du chêne altier dont le branchage pousse. La guêpe, dans le tronc du saule caverneux, Y fait, toute raye'e, un travail venimeux.
La rose, avec amour, entr'ouvre ses pétales, Pour nos vierges qui sont ses sœurs et ses rivales. Les mouches, au flanc d'or, douces filles du ciel, Pour le rayon commun vont y puiser du miel ;
Car les travaux des champs, joyeux, graves, tranquilles. Se mêlent au bruit sourd des lonss travaux des villes.
Et maintenant croit-on que l'homme dédaigné Pour les Crésus du jour n'ait point assez saigné? Croit-on qu'il faille encore ajouter à l'offrande Ce tribut de sueur que leur veau d'or demande? Tout faux dieu mangera jusques à l'encensoir : Qui possède le plus veut encor recevoir. Non ! la satiété, monstre que l'on redoute, Du temple de Plutus ne connaît pas la route. O mon siècle ! mon siècle ! architecte, maçon, A quarante ans, déjà vieux, chétif et grison. Puissant consommateur de bitume et d'asphalte, Ne serait-il pas temps de faire quelque halte Dans ce désert du peuple où la faim surgissant Comme un tigre irrité bondit en rugissant? Ne serait-il pas temps, à l'homme qu'on accable, D'offrir d'autre aliment que du grès et du sable. Et d'alléger ses bras qu'on surcharge toujours? De lui rendre les nuits qu'on ajoute à ses jours, Quand l'exploitation s'en vient, fertile en ruse, Caresser le besoin du pauvre qu'elle abuse ?
En vain nous attendons encor la poule au pot, Le lucre du travail est mangé par l'impôt.
Frères, sur l'édifice où le pouvoir séjourne, Sur ces vains oripeaux, ah ! jamais ne rêvez ! Au faîte des grandeurs, plus d'une tête tourne, Tourne, tombe, et de sang rougit les noirs pave's.
Oh! rejouissons-nous, puisque dans la mansarde. Lorsque nous travaillons, courbe's sous nos lambris. Dans les pâles lueurs de la lune blafarde, Même le Seigneur Dieu fait briller un souris !
Soyons fiers! l'avenir, que le me'cliant redoute, S'e'claire à notre lampe où nous lisons le soir. Car Dieu, pour ranimer le travailleur, sans doute, Met un mot consolant dans un rayon d'espoir.
Soyons fiers! la fierté, hautaine en sa droiture, Malgré les cœurs oisifs qui nous chargent d'affronts,^ Vient essuyer le soir, de sa robe de bure, La sueur qu'elle voit ruisseler à nos fronts.
L'indépendance, amis, du travail est la fille. Or, qui ne fait rien rampe, ou mendie, ou se vend; A nos rameaux ce n'est qu'une affreuse chenille Qui roule sous les pieds au premier coup de vent.
Soyons justes! pour être en paix avec notre âme. Soyons forts ! l'homme fort est généreux toujours. Et nos membres hâlés que le travail réclame. Travailleurs, sèmeront pour de prochains beaux jours.