MARGUERITE
A luiubre d'acacias, dont le leuillaiio embaïuiic Lair brûlant des e'te's, s'abrite nu humble chaume Son petit toit, jeté comme un larfie tapis, S'étale sur deux murs, par le temps décrépis. Au tlanc d'une forêt son vieux pignon s'adosse. L<-s degrés, sur lesquels le sol étroit s'exhausse. Tremblent au vent du sud, presque démantelés. Au jour, bien doucement, quand tout semble renaître 1 ne jnain au-dedans entr'ouvre la fenêtre, lîcjelanl sur le mur ses deux volets hâlés.
C'est ici qu'elle vint, ma belle Marguerite, C'est ici qu'elle vint, innocente et petite,
Soulever le marteau qui retomba trois fois Sur la porte encadre'e au buisson plein «le voix. L'aube encor blanchissait le toit et la charmille ; Elle était là, pleurant, pauvre petite fille, Habillée à la hâte, en jupon court, rayé. Sur son col, un madras étourdiment plié Laissait l'épaule nue et les bras. Ainsi faite. Sous ses cheveux flottants on l'eût dite coquette ; Oui, coquette, en voyant, sur ses jolis sabots, D 'ux épais bas de laine affaissés non sans charme, Au bout de ses longs cils trembloter une larme, l'ne larme ! quel thème à broder pour les sots !
Pourtant, il l'allait bien que la cliarmante brune Fût coupable, en effet, pour quitter sou J>.-rceau Avant les premiers chants du matinal oiseau, Craintive et paie ainsi qu'un reflet de la lune.
l'i'Ul-L-ire qu'elle avait, au bord du grand chemin, Où la mendicité souffre sous ses guenilles, Repoussé l'orphelin qui lui tendait la main, Ou le vieillard inlirme étayé de béquilles.
Marguerite, peut-être, avec tort ou raison, Pendant que le curé prêchait en parabole, L'avait-elle troublé, riant comme une folle, Dans le point culminant de sa péroraison ?
Le soleil de juillet qui surplombe les herbes, <iuand ses feux éclatants s'éparpillent en gerjjes, L'avait-il, pauvre fleur, avant la fin du jour. Epanouie, hélas! dans un rayon d'amour .*
Saints du ciel! à dix ans, d'amour est-on capable? Quoi! dédaigner le pauvre, ô vierge secourable! Et manquer de respect à l'iiomme du saint lieu!
Marguerite frappait au seuil du prosljytère
Pour dire au vieux pasteur que son tout petit frère,
Malgré sa mère en pleurs, s'en retournait vers Dieu!.
C'EST LDI
Décembre 1841,
L'emporcur ! l'enipefeur !
A cet immense cri dont retentit la plage, Chacun accourt cherchant l'illustre sarcophage,
Avec joie et douleur, Demandant du regard, au ciel bleu qui s'allume, Si de Napoléon, demi-dieu qu'on exhume, L'ctoile a reparu brillante au firmament, P our nous couvrir des feux de son rayonnement.
Car Paris, s'e'veillant à l'aube matinale. Court, plein d'émotion, vers l'arche triomphale. Recevoir, hôte austère, en sa robe de deuil, Celui qu'il attendit dix-neuf ans sur son seuil.
Il est des jours do deuil, des événements sombres
Qui sur les nations vont de'roulant leurs ombres.
La terreur qui les suit pousse rang contre rane.
Heurte front contre front, les brise, dans le sang
Fait crouler trône, autel et, redoublant de force,
Chasse l'humanité' qui vainement s'efforce
De ramener à Dieu les peuples qui s'en vont.
Ce sont des jours affreux, quand on regarde au fond !
D'abord c'est un bruit sourd, puis des clameurs, des râles.
Des regards allume's dans des visages pâles ;
Des bras leve's sur tous ; bras nus, bruns et nerveux,
Tramant sur les pavés des corps par les cheveux.
Ce sont des hurlements, des menaces, des rages,
Des ongles et des dents empreints sur les visages ;
Puis une joie atroce adrpsse'e au bourreau
Qui cogne tous les fronts au bord du tombereau ,
Puis des petits enfants : cœur serein, tète douce.
Papillons qui s'en vont où chaque vent les pousse,
Frotter étourdîment leurs cheveux longs et beaux
Aux corps f;ue les fureurs arrachent par lambeaux.
Puis sur l'Etat, vieux tronc que chaque haine obraiiclie.
L'ouragan des discords roule son avalanche.
Poussant tout, broyant tout, pouvoir et factions.
Dans le cercle fatal des révolutions ;
Couvrant de ses débris la foule qu'administre
L'Etat, qui fait entendre un craquement sinistre.
Alors tout se détache, et la patrie en deuil
Tombe de chute en chute et d'écueil en écueil ;
Alors on voit planer au-dessus de ces dômes,
La nuit, quand le tocsin l'éveille, des fantômes
Sans têtes, sans linceul ! Puis on voit tout à coup. Dans les villes, la faim rôder ainsi qu'vm loup Qui, prunelles en feu, gueule ouverte et sanglante. Va flairer tous les seuils où rugit l'épouvante ; Qui va, l'allure sombre et fauve, dévorer Femme, enfant, vieillard, qui n'ont pu s'en garer. Alors l'homme sur l'homme avec fureur se rue ; <Jn tue en plein soleil, on tue en pleine rue ; ]-]t du chaume au palais la mort e'tend son deuil, Poussant d'un mémo coup rois et peuple au cercueil !
Telle e'tait notre France, ô ge'nie ! ô grand homme ! ,
Quand tu parus, ainsi que Camille dans Rome,
Pour chasser l'e'tranger, guidant ses le'gions
Vers notre capitale où tous nous t'attendions.
Ton régne commençait ; ta mission, ô maître '.
La patrie, à ta voix, prenant un nouvel être.
Au monde va donner d'énergiques leçons.
Toi, regardant les cieux, tu crias: Commençons!
Et voilà qu'à ce cri tout un peuple se lève ;
Le brouillard se dissipe ; on voit luire le glaive
Aux mains d'hommes trempés dans l'air républicain ;
Aux mains d'hommes ardents, bras et tète d'airain,
Qui surent de tout temps, à la lance étrangère,
Présenter la poitrine et mourir pour leur mère !...
En marche ! en marche ! et tous sont là sur un seul rang.
Sans vêtements, sans pain!... qu'importe? ils ont du sangf
Qu'importe? ils ont du fer ! — 0 France ! les orages
Qui désolaient tes murs frapperont d'autres plages-.
La trompette a sonné le foudroyant signal !
Adieu les champs, les fleurs, les airs du sol natal !
Adieu, rêves d'amour, doux oiseaux, vertes herbes !
Adieu les moissonneurs en sueur sur les gerbes,
Le ])el enfant qui rit dans les bras du vieillard ! Adieu, mères, adieu ! be'nissez le de'part ! A vous nos souvenirs, pauvres femmes en larmes ! Et tous font retentir ce cri terrible : Aux armes !...
Eh bien ! tu les as vus, ces illustres enfants.
Marcher et conquérir sous toi pendant vingt ans ;
Pendant vingt ans bondir, phalanges intrépides,
Des plaines d'Italie aux vieilles pyramides ;
Retremper les Etats en dissolutions
Dans le large torrent des révolutions ;
Et le vieux monde alors, secouant son marasme.
Se lever devant eux avec enthousiasme,
Si bien que l'univers, en apprenant ton nom.
Méditant l'avenir, se fit Napoléon !
Pourquoi revenez-vous dans votre capitale, Mon auguste empereur, pourquoi revenez-vous ? Voire empire est tombé dans l'urne saturnale Où la main du Seigneur nous enfermera tous.
Pourquoi revenez-vous aux rives de la Seine, Où le front incliné vous aimiez à rêver, Où votre beau soleil, dans sa gloire sereine, A l'aurore du siècle est venu se lever ?
Pourquoi revenez-vous, lorsqu'on nie en nos veilles. Pour voiler nos discords, que vous leur avez mis L'impérial manteau tout ruisselant d'abeilles Qui bourdonnaient aux feux du soleil d'Austerlilz ?
Pourquoi revenez-vous, lorsque l'antique gloire S'e'loigne de nos muis ? Votre aigle souvei'aiu Ne s'e'lèvera plus pour guider la victoire, •Comme autrefois aux bords tumultueux du Ilhin.
Pourquoi revenez-vous dans votre grande ville Teinte du sang versé par nos divisions, Pour entendre les feux de la guerre civile Que L... alluma, sire, quand nous dormions ?
Vous frémirez de voir des fantômes de maîtres Dilapider la France ouverte à tout danger ; Des sénateurs drapés dans le manteau des traîtx'cs. Peser le j^rix du sang offert par l'étranger.
Vous verrez tout cela du fond de votre tombe, Et, sous l'autel désert où l'on vous placera, Sire, peut-être un jour qu'une étrangère bombe, Par un lâclie allumée, hélas ! vous brisera.
Sire, ce tombeau-là n'est point à votre taille. A l'insecte la feuille, à l'oiseau la broussaille; Mais à Napoléon, porté sur l'ouragan, Les sombres profondeurs de l'immense océan ! Il lui faut les éclairs, le bruit delà tempête, La tourmente et les flots au-dessus de sa tête. De légers goélands se jouant sous les feux Que l'orage, en grondant, fait ruisseler sur eux ! Mais à Napoléon il faut l'épais nuage.
De sinistres échos, des cris sur le rivage, Le sifflement des airs, les vents tumultueux, Les soupirs de l'écueil triste et mystérieux ;
La nuit mélancolique et la mer en écumes ; La lune qui se glisse aux flancs des noires brumes, Et puis dans le lointain, bondissant sur les eaux, De pâles naufragés, des débris de vaisseaux Empreintes, cahotés, roulés de vague en vague... Quand la France vous rend l'impériale bague Qu'aux jours de sa grandeur -tous lui mîtes au doigt, Sire, ce tombeau-là, le monde vous le doit.
Pourquoi revenez-vous, sire? La grande armée, Salamandre fougueuse, et qui vingt ans trôna Dans l'immense brasier de l'Europe allumée. Dort sous les froids glaçons de la Bérésina !...
Assez, assez de sang a submergé la terre ! Les torches des combats ne s'allumeront plus. Eclairant au Kremlin les convois de la guerre Qui débordaient Moscou comme un flux et reflux.
Sire, l'impôt de sang que la guerre prélève Sur les peuples souffrants, ils le refuseront ; Car la fraternité, qui repousse le glaive, Sourit aux nations qui la baisent au fi'ont.
Nous avons oublié de funèbres défaites; Brisant le trébuchet des vieux ressentiments. L'étranger fraternel, aux banquets de nos fêtes, Avec nous mangera le pain de nos froments.
Et la France, debout, va tendre ses mamelles Aux peuples accroupis dans leurs glaciers épais ;
Bientôt on entendra des voix universelles Promener sur le jnonde un cantique ù la paix.
Pourquoi revenez-vous, sire ? La grande arine'o. Salamandre fougueuse, et qui vingt ans trôna Dans l'immense brasier de l'Europe allumée, Dort sous les froids glaçons de la Be're'sina!