‹ Une vois d'en basChapitre 4 sur 80 · L'AUBE · texte numérisé non relu

L'AUBE

Les ténébreux oiseaux que le grand jour effraie, Chauve-souris, chat-huant, la chouette, l'orfraie, Plongent aux trous creusés dans le granit, Sous los vagues lueurs d'un pâle crépuscule, Comme des moines noirs rentrent dans leur cellule, Et, caquetant, s'enfoncent dans leur nid.

Un léger vent frissoinie ; il caresse la plaine

Où la vapeur des nuits comme un linceul se traîne.

(1) Voir la notice à la fin du volume.

Puis il éveille, agitant les buissons, La cigale qui dort dans les feuilles superbes ; L'alouette qui dit, blottie au fond des herbes,

A ses petits ses plus douces chansons.

Et l'homme dans les champs, et l'homme dans la ru:'. L'un vers son atelier, l'autre vers sa charrue ;

L'iiomme du chaume et l'homme du grenier ; Utiles tous les deux, tous les deux mise'rables. Debout, avant le jour, s'en vont, infatigables,

D'un long travail me'riter le denier.

Allons ! bons artisans, et que vos bras se lassent ;

Allez!... semez, suez : les heureux se prélassent.

Plus d'une grande dame, au teint blanc et vermeil,

x\ttend, pour se lever, qu'vin rayon de soleil

Perce furtivement sa verte jalousie

Comme l'œil enflammé d'un satrape d'Asie.

Allez, bons travailleurs, élaguer les halliers.

Fouiller les champs, ranger le bois dans les chantiers.

Remuer sous le soc, et d'un bras sûr et ferme,

La terre, ô laboureur, où pour tous le blé germe.

Fils des cités, moulez, dans vos logis malsains,

Ces chefs-d'œuvre qui font l'orgueil des magasins ;

L'angelus a sonné dans l'aube matinale,

C'est l'heure où le travail reboucle sa sandale.

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