‹ Une vois d'en basChapitre 50 sur 80 · L'ÂNE AU PÈRE GUILLAUME · texte numérisé non relu

L'ÂNE AU PÈRE GUILLAUME

Il a fui le chardon, l'eau claire : affreux symptôme ! Que va-t-il devenir l'âne au père Guillaume? Ni boire, ni manger; il n'était pas gourmand ; Mais encor broutait-il le chardon par la plaine, Étanchait-il sa soif à la même fontaine Avec un naturel charmant.

La mort n'épargne pas nos plus chers domestiques, Les plus accommodants, même les plus rustiques. Criait maître Guillaume en se tordant les bras. Mon pauvre âne se meurt, malgré ses bons services! Affectueux ami, débonnaire et sans vices, Doit-il succomber au trépas?

11 faisait l'agrément de toute la famille. Choyé par mon garçon, caressé par ma fille,

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Respecte du barbet à moi-même re'tif ; Patient, Dieu le sait, jusqu'à nous mettre on nage ; Devisant gravement, ainsi qu'un personnage, Dans son esprit contemplatif.

Assez bon compagnon, d'ordinaire fort triste : Mais on a ses soucis auxqur-ls rien ne re'siste, Ni même la santé, ni le meilleur destin. Comme un savant toujours il allait tète basse ; Dans le cerveau d'autrui sait-on ce qui se passe ? Il était triste par instinct.

Au jour de belle humeur comme il était docile ! — Martin, criais-je alors, nous allons à la ville. Et lui de gambader. — Je laisse le bâton. Et lui de nous montrer en riant ses dents blanches. Pour braire longuement, comme font, les dimanches;. Les chantres de notre canton.

Allant son petit train, sobre dans sa pitance, Jamais il n'entraînait son maître à la dépense. Et l'on maltraite encore un naturel si doux ! Quand on agit ainsi, sait-on qui l'on outrage? De l'homme ou du baudet sait-on quel est le sage ? Battre, c'est la raison des fous.

Si ta maîtresse, ami, fut quelquefois revèche, Ton maître eut toujours soin que ta paille fût fraîche. Jl t'a versé le son de la prospérité.

Du pauvre paysan toi seul es la fortune ; Grâce à toi j'augmentai notre léger pécune, Ce fruit de la sobriété.

Indispensable ami, ne t'en va pas encore :

Ton vieux maître décline à sa dernière aurore !

Les jambes ne vont plus! qui donc sans ton secours Portera le fumier, au champ si nécessaire, Les seigles au moulin? Ta mort, c'est la misère Qui menace mes derniers jours.

Ici bas tout s'éteint, rois et bêtes de somme. Mon pauvre âne s'endort, hélas ! du dernier somme. Encor si le curé, pour ce triste animal Osait prier, versant l'huile sainte et le baume ; Certe, il l'a bien gagné : comme le vieux Guillaume, Toute sa vie il eut du mal.

Dieu ! voilà qu'il expire! et derrière la haie, Armé du long couteau, sifflant, tramant la claie. Le sanglant écorcheur vient, les bras retroussés... T'écorcher! Oh! non pas! Je veux que l'on t'enterre Comme un cher compagnon, comme un fils de la terre, Pour tes bons services passés.

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