‹ Une vois d'en basChapitre 49 sur 80 · MON GRAND-PERE · texte numérisé non relu

MON GRAND-PERE

Grand-pére lentement, et la tête incline'e, Revient au chaume avant la fin de la journée ; L'abeille vole encor sur les fleurs du buisson. Père ordinairement ne laisse là l'ouvrage Que lorsque le soleil, abandonnant la plage, A disparu sous l'horizon.

Grand-papa! grand-papa! quel malheur nous menace? Ta gourde est pleine encore, ainsi que ta besace. Tes sabots à tes pieds paraissent bien pesants. Quel mal t'a fait quitter ton travail et ta vigne ?

— Mon pauvre enfant, ce mal est un bien triste signe,

Je touche à mes quatre-vingts ans.

Le soir, autour de l'àtre où le sarment pétille, En dérobant ses pleurs, accourut la famille.

— Mes enfants, dit alors le vieux cultivateur,

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Nous allons rendre l'âme à qui nous l'a domie'e ; Oui, du repos pour moi l'heure est enfin sonne'e i La mort est la fin du labeur.

Avant de remonter peut-être à d'autres sphères, Il faut que je vous parle un peu de nos affaires ; J'ai beaucoup travaillé; car, soixante-dix ans, J'ai porté tour à tour bêche, serpe ou faucille ; Malgré cela, d'où vient le démon qui nous pille ? Vous êtes pauvres, mes enfants.

Nous allons nous quitter, mais non pas sans nuage .- Je vous laisse en partant un liien triste héritage; Vous serez moins heureux que moi dans l'avenir ; On baisse la main-d'œuvre et la besogne augmente ; Dévorant un pain noir, le pauvre se lamente; Les mauvais jours vont revenir.

Dans l'âge vigoureux, privé du nécessaire, Subissant à la fois soleil, pluie et misère. Sobre, laborieux, dès l'aube allant aux champs. J'acquis ce peu de bien malgré corvée et chôme ; Alors nous engraissions, pour les besoins du chaume. Un porc et nous étions contents.

A Pâques, à la Noël, lorsqu'on tuait la bête, Les pauvres de l'endroit prenaient part à la fête; Mes enfants leur portaient du boudin et du lard. Si j'ai manqué souvent messe, vêpres et prône, Dieu pardonnera tout en faveur de l'aumône. Dieu qui n'a point d'enfant bâtard.

Ce plaisir de donner va manquer à votre âme. Vous-mêmes vous verrez ^-otri^ fover sans flamme ;

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La loi vous interdit les approches des bois D'où l'enfant rapportait fagot de branches mortes; L'e'goïsme au malheur ferme toutes les portes, Et la glaneuse est aux abois.

Heureux si sous le toit, qui tous nous a vus naître, On n'entend pas gronder la voix d'un autre maître. Les fermiers, aujourd'hui, veulent tout acque'rir. Dans dix ans, ils auront nos champs et nos taucilles, La vigueur des garçons, l'agilité des filles.

Les vieillards n'ont plus qu'cà mourir.

Ch'and-papa! grand-papa! tu pâlis sur ta chaise; Parle encor; du foyer je ravive la braise... Ton visage est glacé, tu ne me réponds pas! Ma naère, tout en pleurs, vient d'allumer un cierge; Mes tantes sont aux pieds de la très sainte Vierge ; Grand-papal... — Pour qui donc ce glas?...

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