LE TISSEUR
Déjà, de tous côtés, spectacles magnifiques!
Sur leurs gonds ont tourné les portes des fabriques,
Et, l'allègre tisseur, modestement altier,
Dés le lever du jour saute dans le métier
Où, le corps en avant, assis sur la sellette,
D'une main leste, il file et file la navette.
Tandis que tour à tour, l'un l'autre se levant.
Ses pieds font travailler le long bâton mouvant.
Et draps d'or, draps d'argent, tissus qui nous étonnent.
Velours étincelants que les crochets festonnent.
S'étalent parsemés et d'oiseaux et de fleurs,
Sur un fond jjlanc et noir où tranchent les couleurs.
l^uis, l'arabesque encor, bizarres fantaisies, Se plie et se replie aux trames cramoisies, Mêlant à ses rameaux quelque sombre sultan Qui porte à la ceinture un large yatagan ; Car l'artiste attentif obéit dans ses veilles A l'inspiration qui dicte des merveilles; Tandis qu'à ses côtes, et de ses doigts subtils. Un tout jeune garçon va renouer les fils.
Bon j>etit prole'taire, on l'instruit, il travaille. A peine a-l-il rompu les langes du berceau ; Il féconde le luxe, il mourra sur la paille : Pour avoir son duvet il faut tuer l'oiseau !