‹ Une vois d'en basChapitre 63 sur 80 · LA LAVEUSE · texte numérisé non relu

LA LAVEUSE

Que de givre dans l'air! quel gâchis par la ville! Onze heures vont sonner ; la nuit serait tranquille Dans son obscurité si l'on n'entendait pas L'aigre bise du nord qui hurle par les rues. Les pleurs des chiens errants, pauvres bètos perdues Sous un déluge de frimas.

Sur la grève déserte où vient battre la Seine, Les bras dans les glaçons que le courant entraîne, Que fait donc cette femme? A quel fatal labeur Est-elle condamnée'.' Ou bien quel saint courage La tient à deux genoux sur le grés du rivage. Le corps gelé, la flamme au cœur?

Du savon, un battoir... Pourquoi ce linge à terre? Je vous ai deviné, simple et touchant mystère.

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Noble l'emnie! Ses mains tordent pe'nible ment D'un pauviT travailleur la chemise grossière , Rompue à maints endroits et pleine de poussière Que le flot emporte en fuyant.

Intrépide laveuse! e'puisée, elle achève De savoimer le linge entasse' sur la grève. C'est la blouse d'abord d'un tout jeune garçon, La robe bleue à pois d'une petite fille, Langes du nouveau-ne', souci de la famille, Trouble-sommeil de la maison .

Elle est là. Mais Paris avec soin se verrouille ; Sur les ponts, par les quais, s'avance la patrouille. Tout s'illumine et rit dans le quartier d'Antin ; Les Phryne's sont en fête, et le vol à l'œil sombre, Inquiet, effare', traîne ses pas dans l'ombre. Arme' d'un outil clandestin.

Voilà ce que l'on voit dans Paris, à cette heure ; Non cette pauvre femme, àme supérieure.

Douce fée en travail sur ces terribles bords, Qui, seule dans la nuit, sur une pierre, lave Bas, chemises, mouchoirs, sous le froid qu'elle brave Avec d'héro'iques efforts.

Mais ses enfants couchés, pour qui veille le père Sous le toit ennobli par l'amour de la mère ; Ses enfants, de leur sort assez peu soucieux, Mettront dans quelques jours, bruyants, la mine franche. Empressés de courir, ce linge du dimanchr» Et s'envoleront tout joyeux.

Ihilin, le dernier né, méchant despote en lange,

Qui lui prend tout le jour, qu'on appelle : mon ange !

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Oaressë, dorloté du matin jusqu'au soii", Aura fichus, bonnets, couches, fraîches brassières... Sainte Vierge Marie, exaucez les prières De la pauvre mère au lavoir !

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