CHAPITRE VI
DE LA CONDUITE DE DIEU VIS-A-VIS DES NATIONS, EN CE OUI REGARDE LA REVELATION.
« // a fait naître d'un seul sang tout le genre humain, pour habiter sur toute l'étendue de la terre, ayant déterminé les temps précis et les bornes de leur habitation ; afin qu'ils cherchent le Seigneur, et qu'ils puissent comme le toucher de la mciin et le trouver, quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de nous. Car c'est par lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » (Acte XVII, 26-28.)
Nous apprenons par ce texte, premièrement, que toutes les nations ont été formées d'un seul sang- ; deuxièmement, qu'elles ont été destinées à occuper toute l'étendue lie la terre (y compris l'Amérique) ; troisièmement, que Dieu a déterminé les bornes de leur habitation, c'est-àdire qu'il a divisé la terre à ses enfants, donnant à chaque nation le pays qu'il lui plaisait — par exemple, la terre de Canaan à Israël, la montagne de Séhir à Esaii, l'Arabie à Ismaël, l'Amérique à la postérité de Joseph, etc., de même qu'un père fait le partaji^e d'un vaste terrain à ses enfants. Quatrièmement, nous voyons qu'il a accordé à toutes les nations de la terre le privilège de le chercher et de le trouver; d'autant mieux qu'il n'est pas bien loin d'aucun homme, qu'il vive en Asie,
en Afrique, en Europe, ou en Amérique, ou même dans les îles de la mer. Or, s'il arrive qu'un peuple, dans n'importe qnel siècle de l'histoire, ou sur une partie quelconque de la terre, soit mis en possession de ce privilèg-e, qu'aura-t-il obtenu? Je réponds : des révélations; et cela, par la meilleure des raisons, parce qu'aucun peuple n'a jamais trouvé Dieu d'une autre manière, et qu'il ne le trouvera jamais. Voilà pourquoi quand une nation trouve Dieu, elle le trouve par révélation directe, c'est-à-dire que Dieu lui révèle sa volonté ; et si elle ne l'a pas trouvé de cette manière, elle ne l'a jamais connu. Mais si elle a obtenu des révélations divines, c'était son privilèg-e de les écrire, d'en faire ses annales et de les enseigner à ses enfants ; et ses annales seront sacrées, parce qu'elles contiennent la parole de Dieu : ce sera une SAINTE BIBLE, qu'elle soit écrite par les Juifs, les Dix Tribus, les Néphites, ou les Gentils. 11 me sera parfaitement ég-al d'avoir l'évangile écrit par Néphi, Mormon, Moroni, ou Aima, que d'avoir l'évangile écrit par Mathieu, Marc, Luc ou Jean. De plus, je serai tout autant disposé à croire une révélation donnée en Amérique, que de croire une révélation donnée en Asie : car si jamais une nation a manqué d'avoir des révélations, c'est parce qu'elle n'a pas atteint ce qu'elle était en droit d'obtenir. Mais alors pourquoi des peuples ont-ils été laissés de siècle en siècle dans les ténèbres, sans avoir le flambeau de la Révélation pour les guider ? Je réponds : c'est parce que leurs ancêtres à une certaine époque de l'histoire, ont rejeté la Révélation, qu'ilsont chassé et tué les prophètes, et ont fermé l'oreille aux choses de Dieu, jusqu'à ce que Dieu leur ait enlevé ce dont ils jouissaient, et l'ait confié à un autre peuple, les laissant croupir dans l'ignorance de génération en génération, jusqu'au moment qu'il ju^e convenable d'envoyer de nouveau la lumière et la vérité à ces peuples. Mais ceux qui ne rejettent pas la lumière, ne sont sous aucune condamnation ; et la miséricorde divine a des droits sur eux, par le sang de Christ qui a l'ait expiation pour les péchés du monde. Les païens qui
n'ont jamais été éclairés de la lumière de la Révélation, seront sauvés par le sang de Christ ; tandis que leurs pères seront condamnés pour avoir rejeté cette lumière ; car ce qui les rend coupables : c'est d'avoir rejeté la lumière, quand elle leur est venue.
A ce sujet, jetons un rapide coup d'œil sur l'histoire des différents siècles. Au matin de la création, les hommes étaient éclairés par la révélation directe; car Adam, Gain et Abel, conversaient avec Dieu. Dans le siècle suivant, nous voyons la même chose ; Enoch marchait avec Dieu ; il vit non seulement le premier avènement de Christ, mais aussi son deuxième, et il s'écria : « Voici, l'Eternel vient avec dix mille de ses saints, pour tirer vengeance des impies, etc., » comme l'a écrit Jude.
D'où il semble qu'Enoch connut et prophétisa sur le Messie avec toute la clarté d'un apôtre. Aux jours de Noé, il y eut des révélations positives, et pourtant il n'y avait alors que des Gentils, ou plutôt le nom d'Israël n'avait pas encore été donné à Jacob par l'ange.
Or, si c'était le privilège de tant de Gentils d'avoir la parole de Dieu, et d'obtenir la connaissance du vrai Dieu par révélation, il s'ensuit que ce privilège appartenait également à tous les autres hommes. Et si des populations, s'étant égarées, tombèrent dans l'idolâtrie, jusqu'à ce que Dieu, les abandonnant entièrement à leurs abominations, finit par leur retirer ses oracles et les confia particulièrement à Abraham, ce fut parce qu'elles les rejetaient depuis longtemps, et qu'elles s'étaient rendues indignes de les avoir. Depuis l'élection de la maison d'Israël, les oracles de Dieu semblèrent appartenir d'une manière spéciale à la race choisie, choisie expressément pour cela, c'est-à-dire pour avoir en dépôt les oracles de Dieu, la prêtrise, le culte divin, et les promesses qui depuis le commencement avaft existé parmi les Gentils, qui depuis longtemps s'étaient rendus indignes d'aussi grandes faveurs.
Mais, avec le temps, Israël lui-même se rendit indigne de continuer à posséder ces privilèges, en lapidant et
tuant les prophètes, en rejetant le Messie, et tous ceux que Dieu leur envoya, lorsqu'à la lin le Seigneur leur enleva le royaume et le donna de nouveau aux Gentils. En même temps, il ferma les yeux sur tous ces temps d'ig-norance qu 'avaient traversé les Gentils, depuis l'époque où le royaume leur avait été pris jusqu'à celle où il leur fut remis encore. Aussitôt que le royaume de Dieu leur est confié, il leur commande à tous et en tous lieux de se repentir ; et s'ils ne le font pas, c'est alors qu'ils sont passibles de la condamnation, et non pas avant. Mais dès que le royaume est pris aux Juifs, à l'instant les fruits en disparaissent du milieu d'eux, et ils sont dispersés parmi toutes les nations de la terre, où ils n'ont janriais plus entendu la voix de l'inspiration leur commander de se repentir. Si des Gentils leur ont commandé de se repentir et de recevoir le baptême (au nom du Seig-neurj, sans être inspiré et sans avoir reçu l'ordre de le faire, ce n'a été là qu'une imposture sur eux pratiquée. Xon que le repentir soit un mal, mais ici l'imposture consistait dans la prétention d'avoir été envoyés avec une mission, tandis qu'ils ne l'avaient pas été.
En effet, lorsque Dieu ordonne aux hommes de se repentir, il leur envoie quelqu'un chargé de ce commandement, afin qu'il puisse annoncer sa mission à ceux à qui il est envoyé ; et quand il n'ordonne pas aux hommes de faire une chose, il ne l'exige point de leur part. Quiconque prétend que les Juifs, comme nation, ont été commandés de se repentir et de recevoir le baptême depuis les derniers dix-sept siècles, avance un fait qu'il ne saurait prouver, à moins qu'il puisse démontrer qu'il y a eu, durant cette période historique, une nouvelle révélation donnant à quelqu'un l'autorité d'aller à eux avec un tel message ; et aucune génération de Juifs ayant existé depuis que l'inspiration a cessé sur la terre, ne sera non plus condamnée pour avoir rejeté un message de Dieu, car ne leur ayant pas envoyé de message, ils n'ont pu en rejeter aucun. Mais leurs pères qui rejetèrent les choses de Dieu, sont passibles d'une condamnation.
De même, quand le Seieneur envoya des hommes prêcher l'évangile aux Gentils, il leur commanda de se lepentir ; et ce commandement fut en force, aussi longtemps qu'ils furent évangélisés par des hommes revêtus d'une autorité légitime et inspirés du Saint-Esprit. Mais lorsqu'ils tuèrent les apôtres et les hommes inspirés, lorsqu'ils abusèrent de leurs prérogatives au point que Dieu les leur enleva et les laissa sans inspiration, alors cette génération eut à répondre de ce crime. Les Gentils qui ont vécu depuis cette époque n'ont jamais été commandés de se repentir et de recevoir le baptême (excepté par une nouvelle révélation) ; et quiconque prétend que Dieu a ordonné à un Gentil de se repentir et d'obéir à l'évangile depuis le jour où l'inspiration a cessé, ou depuis que la terre est privée d'apôtres et de prophètes, avance une chose qu'il ne saurait prouver, à moins qu'il démontre qu'une révélation a été donnée postérieurement à cette époque, donnant à des hommes l'autorité d'aller aux Gentils avec un tel message.
Le fait est que Dieu n'exige rien de plus d'une génération que de faire ce qu'il lui commande; et une génération à laquelle il ne révèle rien, ou à laquelle il n'envoie pas des hommes avec un message, n'a aucun message à obéir ou à rejeter ; il n'y a donc d'obligatoire pour ces générations que la pratique des principes moraux du bien et du mal, qui sont également obligatoires durant tous les siècles, selon le degré de connaissance qu'ont les hommes de l'équité morale.
Mais dans ces derniers jours, Dieu a parlé encore du haut des cieux, et il a chargé des hommes d'aller d'abord aux Gentils pour leur commander en tous lieux de se repentir, et d'obéir à l'évangile; et ensuite il leur a or-" donné d'aller aux Juifs pour leur enjoindre de se repentir et d'obéir à l'Evangile. C'est ainsi qu'il a de nouveau restauré sur la terre ce qui avait été perdu depuis tant de siècles. Or, partout où la voix de ses hommes se fera entendre pour publier cette proclamation, au nom de Jésus, comme cela leur a été commandé, les
habitants de ces pays sont tenus de se repentir et de recevoir le baptême : celui qui se repentira et sera baptisé, sera sauvé ; et celui qui, rejetant leur témoignage, n'obéira pas à l'évangile, sera condamné, par la simple raison que Dieu a envoyé ces hommes par révélation, avec cette mission spéciale, à cette présente génération ; et ceux qui rejettent le plus humble des ambassadeurs de Dieu, rejettent celui qui l'a envoyé ; et dès lors ils sont sous la condamnation. Mais le message que Dieu a donné à ces hommes, n'est obligatoire que pour la génération à laquelle ils sont envoyés, et nullement pour ceux qui sont morts avant ce message ; comme il n'est pas obligatoire non plus pour aucune génération future, à moins que Dieu ne lui envoie des hommes pour lui annoncer le môme évangile ; et alors cette génération ainsi évangélisée, sera sauvée ou condamnée suivant qu'elle aura reçu ou rejeté leur témoignage.
On fait bien souvent cette question : si Dieu a envoyé des hommes avec certaines vérités qu'il est obligatoire aux populations d'accepter, sous peine de leur salut, quel sera le sort des gens vertueux qui sont morts avant ce message ? Je réponds : si ces personnes ont obéi au message que Dieu a envoyé à leur génération, elles seront sauvées; sinon, elles seront condamnées. Mais si Dieu n'a pas envoyé de message à cette génération, ces personnes n'en ont point rejeté et par conséquent elles ne sont sous aucune condamnation ; mais elles s'élèveront au jugement contre notre génération, et la condamneront ; car si elles avaient eu les mêmes bénédictions qui maintenant nous sont offertes, elles les auraient sans doute acceptées avec empressement. Ce qui fera condamner les hommes, dans tous les siècles du monde, ce sera d'avoir rejeté le message spécial que Dieu leur avait envoyé; et cela, malgré leur ferme adhésion aux révélations antérieures.
Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites ! vous décorez les tombeaux des prophètes, et vous dites : oh ! si nous avions vécu du temps de nos pères, nous
n'aurions pas lapidé et tué les prophètes, comme ils le firent ! Mais vous reconnaissez, par votre propre témoignage, les actes de vos pères ; car ils tuèrent les prophètes, et vous, vous leur élevez des tombeaux. C'était là le témoig-nage du Sauveur aux Juifs, qui avaient la prétention de croire et d'adhérer fermement à leurs anciens prophètes, et qui rejetaient en même temps et Jésus et ses apôtres. Il en est de même au dix-neuvième siècle. O vous, chrétiens prétendus, vous parez les tombeaux du Messie et de ses anciens apôtres, vous construisez même de splendides monuments à leur mémoire, que vous intitulez : l'Eglise de Saint-Pierre, l'Eglise de Saint- Paul, l'Eglise de Saint-Jean, etc. ; et vous dites : oh ! si nous avions vécu du temps des apôtres, nous ne les aurions pas lapidés et tués. Mais vous reconnaissez, par votre témoignage, les actes de vos pères ; car ils tuèrent les apôtres, et vous, vous bâtissez des églises pour honorer leur mémoire. Et si un apôtre ou un prophète vient au milieu de vous, vous fermez vos portes contre lui, dès l'instant qu'il rend témoignage des choses que Dieu lui a commandé d'annoncer; car, dites-vous, il ne doit plus y avoir d'apôtres ou de prophètes sur la terre; et aussitôt vous le traitez de faux prophète. Si des émeutiers l'assassinent, s'ils brûlent sa maison ou s'ils détruisent ses propriétés, vous vous en réjouissez en secret, ou bien vous approuvez hautement ces crimes en criant : ce sont de faux prophètes ! tandis que vos chaires et vos journaux vomissent contre lui mille calomnies. Malheur à vous, prêtres et pharisiens hypocrites ! vous comblez la mesure de vos pères, car ce qu'ils firent, vous le faites. La vengeance appartient à Dieu, il vengera bientôt ses élus, dont le sang crie contre vous nuit et jour.
Mais pour en revenir aux révélations : « Il n'y a rien de secret qui ne sera révélé, ni rien de caché qui ne sera connu ; » c'était là une des maximes de notre Sauveur. Ensuite : (( La connaissance de Dieu couvrira la terre, comme les eaux le fond de la mer. » Mais, je le demande, comment cette grande transformation pourra-t-elle se
faire ? Pour répondre à cette question je ne vois rien de mieux que de citer cette prophétie de Néphi, (Livre de Mormon, page 102, première édition de Paris) :
« Car, je commande à tous les hommes, à l'est, à l'ouest, au nord et au sud, et dans les îles de la mer, d'écrire les paroles que je leur annonce; car, d'après les livres qui seront écrits, je jugerai le monde; chacun selon ses œuvres, suivant ce qui est écrit. Voici, je parlerai aux Juifs, et ils l'écriront; je parlerai aux Néphites, et ils l'écriront aussi ; je parlerai de même aux autres tribus de la maison d'Israël, que j'ai emmenées ensemble, et elles l'écriront; et je parlerai aussi à toutes les nations de la terre, et elles écriront mes paroles. »
Et il arrivera que les Juifs auront les paroles des Néphites, et que les Néphites auront les paroles des Juifs ; et les Néphites et les Juifs auront les paroles des tribus perdues d'Israël ; et les tribus perdues d'Israël auront aussi les paroles des Néphites et des Juifs. Et il arrivera que mon peuple, qui est de la maison d'Israël, sera rassemblé sur les terres de leur possession : et ma parole aussi sera recueillie en une seule parole. Et je montrerai à ceux de la maison d'Israël, qui luttent contre ma parole et contre mon peuple, que je suis Dieu, et que j'ai promis à Abraham de me souvenir à jamais de sa postérité. »