L'ANGE DU BON CONSEIL
A HÉRANGER.
Désilélité de t'or qui surabonde Dès mon berceau par le sort maltraité, Pauvre petit j'allais haïr le monde Et profaner les Heurs de ma gaîté, Lorsqu'en mon nid , nid bloti sous la tuile Un ange vint, ange aux riches trésors , Qui réchaulVant ma jeunesse débile, Me dit ces mots , que j'ignorais alors ;
(( Mon cher enfant , la vie est chose grave ;
« Aussi toujours , le temps laborieux, «Au toit du prince, au chenil de l'esclave « Porte le sceau des devoirs sérieux.
« A l'un il dit : « Règne par la justice. » « Il dit à l'autre : « Ose briser tes fers. » « Tu l'apprendras : le plus brillant calice « Contient parfois des poisons bien amers.
« Au pauvre enfant qui s'égaie à ton rire « Donne parfois quelque sage leçon.
« Sur tes genoux , où ton regard l'attire « En l'instruisant attendris sa raison ; « Préserve aussi d'affligeantes souillures « La pureté de nos vierges , tes sœurs, « Bien des baisers ne sont que dés morsures. « Bien des frelons s'abattent sur les fleurs.
« Aux ateliers, à l'artisan modeste,
«. Fais éclater des vers nobles et francs.
« La probité se cache sous la veste
« Cours la venger de la morgue des grands.
(( Petit rayon peut dissiper la brume
(c Où l'humble oiseau recueille quelque grain.
« Dans nos cités qu'un vers tribun s'allume
u Pour l'artisi!» qui va suer son pain.
« Mon cher enfant , la vaste multitude '< Pâle et livrée à d'incessants besoins '( Sur le fumier de la décrépitude " Doit refleurir au soleil des bons soins. « N'aimer que soi ce n'est déjà plus vivre. « Pour élargir la sphère des beaux jours , « Laisse ton cœur s'ouvrir ainsi qu'un livre « Que redira la voix des vieux faubourgs.
« Mon cher enfant , soutiens , chante, travaille, c( Dans ton labeur sois fier mais sans orgueil. «< Combien de fruits mûrissent dans la paille ; << Sois pour les gueux l'ange du bon accueil. « Ta chaire à toi se dresse sous la nue; « C'est le trottoir, c'est la borne au soleil , « N'en descend pas; courage, et dans la rue « Va placarder quelque hardi conseil.
« Aux chants d'en haut , chants d'ivresse et de fête " Oppose enfin les tristes voix den bas y « Puis endossant la i^be du prophète « Ameute ainsi la foule sur tes pas.
« La grande muse est celle qui s'inspire
« Des maux du peuple et de l'œuvre de Dieu;
< Le ciel sourit , la liberté conspire ,
« L'homme et le temps feront le reste. Adieu. »