RÊVERIE
Qu'avons-nous donc en nous de doute et de certain , Qui nous fait rebrousser ou suivre le chemin ; Qui nous fait admirer, dans un muet silence, Les profondeurs des mers, l'infini , cercle immense, Dans lequel tout se meut , scintille et prend son vol L'astre qui nous éclaire et reverdit le sol , Les concerts de l'oiseau caché dans les broussailles , Les murmures des bois et le bruit des batailles? Qui nous fait écouter le chant vague des nuits , Ouand l'heure du sommeil absorbe les ennuis?
Qu'avons-nous donc en nous? que l'âme, (ille ailée, Souriante ou pleureuse, aille dans la vallée, Sur les buissons touffus, sur les gazons mouillés, Par les pleurs de la nuit sur les toits oubliés , Perdus loin de la ville oiî l'on prie et blasphème , Oii le pardon n'est plus , où règne l'anathème ; Qu'elle aille sous les vents qui font plisser les eaux , Furtive, se glisser dans les tendres roseaux ; Qu'elle fasse jaillir, du cerveau qu'elle embrase, Le feu des passions comme d'un large vase? Profond secret. — Poète au front chaste et pensif, 0 toi, dont le regard est toujours attentif , Avide , interrogeant , avec ta voix pieuse , L'aube qui tout à coup , pâle et mystérieuse , Se lève en .éveillant , dans l'ombre qui bruit , L'oiseau qui va chanter sur le bord de son nid! Toi , qui vois mes douleurs, toi , dont la voix console, Qui dicte tes accents, poète? ta parole -Touchante comme un luth , funèbre comme un glas, Est l'écho merveilleux des choses d'ici-bas !
I/IIKIRK DU SIPPLICK.
ÎL'HiiiUME 1511 SrPlPlLlrCJE