A LYON
Debout, Lyon, debout, saisis scalpel et hache! Ln hideux monstre étale, avec rugissements , Sa imdité lépreuse aux regards des passants ; Rongeant deux maigres bras que la vermine tache. Oui, la misère est là, morne, l'œil érayé, Sur le pavé boueux par son front balayé, Debout, Lyon, debout! trappe sur le reptile Qui rampe sourdement sous le ciel de ta ville. Qui se dresse, bondit à tes foyers déserts, En te fixant toujours de ses deux grands yeux verts
J3ebout! ne souiï're pas que ce monstre au teint jaune Attriste plus longtemps les rivages du Rhône.
Lyon, tes ateliers sont-ils tous pleins? Les bras Ruisselants de sueur ne te manquent-ils pas? Et les petits enfants, que l'industrie emploie, Ont-ils pour se vêtir un lambeau de ta soie? Le bon vieillard qui meurt, bénissant l'orphelin. Pour dernier drap a-t-il une aune de ton lin? Le tulle, crêpe noir, comme l'eau de ton fleuve, Flotte-t-il, ondoyant, sur le front de la veuve? Dis, Lyon, les rapports de tes riches produits Versent-ils l'abondance aux tables de tes fils? Hélas ! tes ateliers se taisent ; l'industrie N'étend plus sur ton front qu'une palme llétric; La faim rampe à tes pieds; ta population Se tient les bras croisés sur tes bords, ô Lyon î Fiévreuse et répondant à la voix du suicide, D'abord au désespoir ce sophiste livide *;
" Les années qui suiviiciU la lévolulion de 1830 lurent si l'alales à la
ik;.
Et le riclie, gorgé de ton luxe oiitrageaiit. Voit sous son péristyle expirer l'indigent ! Tes lils errants au pied de tes villas superbes, Bientôt comme les boucs iront brouter les herbes, Et les petits enfants, frappant aux seuils chrétiens. En allant mendier seront mordus des chiens ! Honte à toi, misérable, orgueilleuse Ninive, Toi qui veux sur ton sol que l'opulent seul vive; Quoi ! la huche est sans pain ; sans bois est le foyer; La misère à nos seuils vient toujours aboyer; La nudité des murs, l'air usé, le coin sombre. Le papier délabré, l'alcôve pleine d'ombre, Les vitraux enfumés, des jours de froids brouillards Les plafonds écrasés, tout étroits et blafards. Décorent nos greniers où jamais l'espérance Ne porta les trésors de la douce abondance ! A quoi sert ta richesse ô superbe cité î Et tes milliers de bras, si la nécessité,
population lyonnaise par l'absence de tout travail , qu'à chaque insUuil on relirait du Rhône des cadavres de vieillards et des jeunes mères qui s'étaient noyées avecleurs enfants, ne voulant pas s'en séparer. Ces malheureux, dans leur désespoir, en appelaient au suicide contre les tourments de la faim! — C'était le temps des fêles au château, des bals h l'Hùlel-de-Ville , <les mariages, des apanages, des dotations. — Maintenant, étouuez-vous tVErUre-sol et Crcnicr, que je méditais à cetir «poque en face do ces misères publiques et de ces prodigalités princières.
lH(i
Parcourant tes faubourgs, pâle et les jambes nues , Hurle, en cognant son Iront à l'angle de tes rues?
Mes frères de Lyon, courageux travailleurs, Patience, espérez,... bientôt des jours meilleurs Vont se lever sur vous. Secondez l'entreprise, Car il faut, par vos soins, que l'État s'organise; 11 faut nous transformer, acquérir du savoir; Fatigués, nous traîner à l'étude le soir ; Grandir notre nature en complétant notre être; Surtout que la vertu soit notre premier maître. Dans nos sentiers obscurs, combien il serait beau De voir des artisans promener le flambeau ! Quand l'impudeur se pend au col des capitales Et jette à tous les vents le langage des halles, Il faut lever le bras armé d'un fouet noueux, Et frapper jusqu'au sang le monstre venimeux; Le poursuivre au palais, au grenier, dans son antre De porphyre ou de boue, et lui brûler le ventre. 0 frères ! promenons au sein de la cite
Ce miroir éclatant qu'on nomme Vérité.
Surtout, n'écoutons pas les matérialistes, Eux, d'un culte sans foi, pâles évangélistes; Car ils ont exilé la pensée. x\ujour(l'hui , Le monde, las d'errer, nous demande un appui ; Il l'implore, et son cri, que la douleur arrache. Nous dit qu'il veut un être à qui tout se rattache.
Allons, frères, debout ! au champ de l'avenir, Ensemençons l'idée, indestructible germe ; A toute aflhction le Seigneur met un terme La saison du labeur doit nous appartenir.
Penseurs, phares aimés de l'innombrable foule; Savants qui remuez les débris et cherchez ; Docteurs, qui sur nos maux ôtes toujours [penchés Constructeurs refaisant l'édilice qui croule ;
Poètes inspirés, grands illuminateurs.
Qui placez un llambeau sur toutes les fenêtres;
Artistes qui chassez l'ennui loin de nous; j)rôtres,
Qu'autrefois on voyait penchés sur nos douleurs;
Aidez-nous du compas, et de votre parole.
Enseignez l'artisan, prosterné devant vous ;
L'avenir doit surgir du long travail de tous;
Dans l'urne sociale apportez une obole,
Et la paix reviendra ; plus de rébellion;
Mais du bonheur, des chants, oui !... n'est-ce pas, Lyon?