‹ Une voix d'en basChapitre 31 sur 96 · A MON AMI LOUIS LISSORGUES · texte numérisé non relu

A MON AMI LOUIS LISSORGUES

L'âge est venu. Suivons l'étoile Qui nous guide à travers les Ilots :

Le temps a déployé la voile Sans s'occuper des matelots.

Déjà le ciel est sombre !^ Sur cette mer quel sera notre sort?

Notre esquif penche; ah ! craignons qu'il ne sombre Cherchons un port.

Joyeux enfant» , lorsque le rire ,

Sur nos fronts s'épanouissait , L'onde alors semblait nous sourire, Dans son miroir on se plaisait.

Enfance fugitive!

Pour t'enchaîner nous redoublons d'eiïort; Mais c'est en vain : tu t'enfuis de la rive. Cherchons un port.

Seul nous voguons , car au rivage , Notre vieux pilote est resté*; Sous le vent qui conduit l'orage , Fuit l'alcyon épouvanté ;

Oui , la vie est un drame Qui doit finir quand apparaît la mort.

Dans chaque main Dieu remit une rame.

Cherchons un port.

J'entends, sur le Ilot qui s'apaise , Une voix chanter le retour ; Soudain, l'espoir te remplit d'aise , Et tu rêves un meilleur jour; L'amour tient la boussole ,

Son père , qui était mon ami, venait de moui ir.

A son aspect cWlatc un doux transport ; Il nous conduit à l'hymen qui console.

Cherchons un port.

L'hymen , mon ami , c'est le câble Qui doit amarrer ton esquif; Moi , pauvre fou, l'erreur m'accable :

Je hais tout bonheur positif.

Laisse moi seul : sur l'onde L'illusion vient m'égarer encor; Ce vaste abîme où n'atteint pas ma sonde... Cherchons un port.

Du sein de cette onde qui coule , Je crois entendre les sanglots Que mon drame arrache à la foule; Mais non , c'est le roulis des flots.

Espoir, songe éphémère, Quel feu follet me montre au loin le bord Et fuit toujours? — hélas! c'est ma chimère! Cherchons un port.

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