SCÈNE PREMIÈRE
FLAMEL, seul.
Oui , c'est au nom d'un roi tombé dans la démence ,
Que le duc d'Orléans, armé de la régence ,
Pour piller, pour voler, lance un écJit cruel
Qui frappe sans pitié le peuple d'Israël ;
Et Rome ne dit pas par l'organe du prêtre :
Les nations sont sœurs; toutes n'ont qu'un seul maître;
Non. Cette voix puissante à dessécher le liel
N'arrive plus au cœur comme un avis du ciel.
Les Juifs , dans nos cités , leurs vastes catacombes.
Vivants, n'ont point d'abris; morts, il n'ont point de tomix
Toi , Moïse , ta loi , grave législateur, Priait non pour un seul , mais pour tous, ô penseur ! Quand, vers le soir, tes chants, ta parole féconde. Emportés par les vents , allaient bénir le monde. Aujourd'hui , vois tes fils au banc des nations, Vois les plus grands livrés aux déprédations ; Vois-les tous accablés sous le poids des injures , Traînés au pilori , broyés dans les tortures ; Vois la main du bourreau s'allonger et chercher, A l'aube , des vieillards qui fuyaient le bûcher : On les bat au milieu des rires de la foule , Sous des cadavres juifs le vil gibet s'écroule. Si parfois un chrétien , un passant , jeune ou vieux , Disparaît , on soupçonne ; un texte monstrueux S'échafaude. — bientôt la haine fait un signe Perfide, insidieux. — On s'exalte, on s'indigne; De ténébreux propos s'élèvent. Les rumeurs Parcourent la cité qui pousse des clameurs Les juifs ont dans le sang trempé le pain azyme ; De leur rite infernal ce chrétien fut victime
Dans leur festin , la nuit Ces discours captieux
Font les juifs criminels d'un fait mystérieux. Alors le tourmenteur, bras nus, saisit sa proie. Dresse le chevalet, allonge la courroie Qui tient le patient sur un horrible lit ; La question commence et le gibet finit.
(On entend des éclats de rire dans V hôtel,) {Fausse sortie de Flamel; au moment où il passe devant r hôtel , à droite , parait Bernard sur les degrés,)