‹ Une voix d'en basChapitre 43 sur 96 · CHANTS · texte numérisé non relu

CHANTS

A nous les fleurs, les femmes , Parfum et volupté , A nous ces folles Ames :

Saveur, amour, beauté.

A nous seuls , sans nuages ,

L'aurore au teint vermeil

Aux manants les orages , L'ombre et non le soleil.

A nous seuls l'espérance La vie et ses beaux jours !

A nous le ciel de France Où naissent les amours; A nous les doux présage

Que verse le sommeil

Aux manans les orages , L'ombre et non le soleil.

(Chocs de çerreSy bruyants éclats de rire.)

BERNARD

Sorcier, que se passe-t-il là ?

FLAMEL

Bernard , est-il besoin d'être maître en magie Pour deviner, vrai dieu , qu'il s'y fait une orgie. Je suis magicien , moi !

BERNARD, faisant un signe de croix.

Je vous crois, Flamel.

FLAMEL , indiquant rhôtel.

On connaît vos détours. Bernard , dans cet hôtel , Ouvert à la débauche , il est un lieu terrible , Abominable , infâme , au jour inaccessible ; Étouffant les sanglots, absorbant les douleurs , Maîtrisant à la fois les cris avec les pleurs ; Abîme de vertu , plein de spectres funèbres, Séjour du désespoir perdu dans les ténèbres. Et qui dérobe aux yeux victime et criminel ; Lieu qu'on voudrait aussi voiler à l'éternel ;

Son regard y pénètre , et lui seul a pu dire En voyant la beauté tomber sous le martyre. Ce qu'elle a souiïert là !.. .

Ces coupables excès On peut les dénoncer...

FLAMEL

On l'a fait sans succès; On fait entendre en vain les plus touchantes plaintes, Hélas! au pied du trône elles tombent éteintes. Ces crimes sont donc vrais?

BERNARD

Je ne vous l'ai pas dit.

FLAMEL

Non, j'ai tout deviné.

BERNARD

Vous êtes uu esprit!

FLAMEL

Ainsi les ravisseurs qu'on ne peut reconnaître.

L'un deux , c'est Delatour, et l'autre, c'est ton maître.

BERNARD

Vous devinez cela?

FLAMEL

Toujours... C'est par prudence Qu'ils cachent leur visage; ils craignent la vengeance?

BERNARD

Vous devinez?

FLAMEL

Toujours... Pour eux Bernard agit?

BERNARD

Ah ! vous êtes sorcier, car Bernard n'a rien dit !

FLAMEL

Pour sorcier, je le suis : si j'en crois ma science, Je vois devant mes yeux dresser une potence Où l'on accrochera certain méchant valet, Voleur, rôdeur de nuit. . .

BERNARD, à part.

Voilà qui me déplaît...

{haut, vivement.) Maître, ce n'est pas moi.

FLAMEL

...Dont le lâche service D'un maître criminel l'a rendu le complice.

BERNARD

Je ne veux pas mourir !

FLAMEL

Il pourrait se sauver. . .

BERNARD, vwement.

Que faut-il? Pour cela j'oserais tout braver ! Mais qu'on me laisse vivre !

FLAMEL

Alors, Bernard, écoute.

Pour sortir sur-le-champ de ta mauvaise route. Il n'est qu'un seul moyen. Tu connais les secrets Du maître que tu sers, n'est-ce pas?

A peu près.

FLAMEL

Il se conlieà toi?

BERNARD

Souvent.

FLAMEL

Valet lidèle, 11 ne saurait douter un instant de ton zèle?

BERNARD

Certainement. Après?

FLAMEL

Eh bien ! si par liasard, D'un perfide secret il vient te faire part; Si ce secret surtout peut parler à la vue, Qu'il soit irrécusable, et la vérité nue, Tu me l'apporteras ; puis , Flamel le sorcier, Satisfait de ta foi , pour t'en remercier, Versera dans tes mains de l'or en abondance; Pour toi, fortune, honneurs, partant plus de potence.

BERNARD

C'est une trahison î...

FLAMEL

Utile à tous les deux.

Veux-tu me seconder? Le veux-tu?

BERNARD

Je le veux. FLAMEL, S éloignant.

Au revoir...

BERNARD

Au revoir...

FLAMEL, à pari.

Tremble donc Lamorlière î Car la haine du raal se fait ma conseillère.

{Il sort,

BERNARD, SeuJ.

Si tout se découvrait à la fin? Il suffit : Des avis de Flamel on fera son profit.

Page 1