SCÈNE III
BERNARD, CRAON, MONTAIGU , CANNI VARENNK, Seigneurs.
( Le jour vient peu à peu.)
LAMORLIÈRE ,/efaM^ Us yeux çers le lointain. Chez le vieil Ismaël déjà de la lumière ! A peine si la nuit a fini sa carrière ; Oh ! le vieux mécréant compte et compte un par un ; Sans doute, les deniers dérobés à chacun. Il me semble le voir et l'entendre se dire : Ceci vient du chrétien, recompter, et puis rire.
DELATOUR
C'est un honnête juif.
LAMORLIÈRE
Brave homme, qui ne prend Qu'un modique intérêt de cinquante pour cent.
CRAON
Au diable l'usurier!
MONTAIGU
Messeigneurs , patience,
Le roi va les bannir à jamais de la France ; Ces juifs seront chassés, je l'espère, avant peu.
CRAON
Que le fai t s'accomplisse !
MONTAIGU
Avec l'aide de Dieu , Comte, il s'accomplira.
CRAON
Ces gens , je le confesse, Gorgent leurs coffre-forts de l'or de la noblesse, Tout passe dans leurs mains ; qu'un Auguste nouveau Purge le sol français, qu'il arme le bourreau , Qu'il confisque leurs biens; d'un coup, qu'il ressaisisse Les trésors qu'ont volés l'usure et l'avarice; Pour moi, je les déteste.
MONTAIGU, avec confidence, à Canni-Varenne . Il est leur débiteur.
LAMORLIÈRE
Je ne sais d'où me vient ma haine, ma fureur. Quand on me parle d'eux. Chacun de nous, j'espère A droit de les haïr...
DELATOUR, à Craon, Feu le comte, son père , D'une somme empruntée à ce vieil usurier, Le fit soudainement présomptif héritier.
MONTAIGU, à Lanwrlière.
Ça ne m'a-t-on pas dit, — voyez un peu l'histoire, — Que vous aimiez Sara ! Je n'ai garde d'y croire.
LAMORLIÈIŒ.
La fille d'Ismaël?
DELATOUU .
De notre vieux prêteur?
MONTAIGU
Qu'elle était toute entière au fond de votre cœur.
LAMORLIÈRE
Folie, en vérité, que de croire la chose*
DELA TOUR
Souvent le cœur trahit ce que l'esprit propose.