SCÈNE VII
Les Précédents, SARA.
SARA
Mon pè
re!
ISMAEL
Viens !
(// V enlace dans ses bras et s'avance vers le roi.) Le bourreau, qu'il arrive...
Deux gibets, s'il vous plaît, roi, cette fille est juive. ( Charles lève son front , regarde vaguement Ismael et retombe dans son premier état.)
LAMOIILIÈRE.
Sara ! damnation !
SARA, aux gardes qui veulent la saisir.) Laissez-moi, laissez-moi!
Éloignez-là...
SARA, instinctivement.
Messieurs, je veux parler au roi...
( Tous s'éloignent ; Sara s'avance jusqu'au roi.) Sire, on m'a dit qu'un roi pouvait, par sa clémence, Du malheureux coupable adoucir la sentence ; Ah ! s'il en est ainsi, grand roi qui m'écoutez , Sur nos malheurs sans fin, répandez vos bontés , Mon père à vous parler a montré de la haine : C'est l'effet de ses maux, n'en soyez point en peine. Il respecte le roi ; puis ce n'est point sur vous Qu'il porta ses regards menaçants de courroux, Car mon père est si bon ! Je le sais, moi, sa fille. Ah ! si vous l'aviez vu, joyeux dans sa famille. Quand ma mère existait, avec quels tendres soins, Toujours il surveillait et comblait nos besoins, Vous en eussiez souri ; mais ne pourriez peut-être En regardant ses traits ici le reconnaître,
Tant l'excès du malheur nous llélrit promptement. Ah ! vous lui laisserez la vie et son enfant Pour qu'au moins ce pauvre homme accablé de tristesse Ait encore un soutien pour aider sa vieillesse.
{Le roi parait l'écouter,) Dites oui, n'est-ce pas; vous ne répondez rien. Serait-ce, monseigneur, que je ne dis pas bien ; Vous aurais-je offensé dans ceci, vraiment, sire. Je ne sais comment, moi, vous parler et vous dire ; Si nous étions Français, je vous dirais : mon roi, Pitié pour mon vieux père, ah ! calmez mon effroi ; Nous sommes vos enfants, et Dieu qui vous couronne Vous dit de pardonner. Oh ! mon prince, pardonne ! Et puis dans la poussière embrassant vos genoux, )
Je crierais : grâce !
CHARLES, lui tendant la main.
Allons, enfant, relevez- vous...
Eh quoi! vous souriez, et sur votre visage
M'apparaît la bonté, comme après un orage
Un rayon de soleil apparaît dans les cieux.
Oh ! pour moi c'est l'espoir qui se montre à mes yeux
Sur la face d'un roi ; votre bonté sublime
Voulant sauver nos jours vient d'en combler l'abimc.
Oh ! ne dites pas non, soyez mon protecteur.
Laissez ce titre là se graver en mon cœur,
Laissez -nous dans l'exil aller par tous les mondes
Raconter vos bontés pour nos peines profondes ;
C'est un si doux plaisir auquel le cœur se plaît.
De répéter souvent le bien qu'on nous a fait ;
Puis Ton vous bénira, puis moi dans ma prière
Je prierai Dieu pour vous en priant pour mon père.
LE ROI, debout et relevant Sara.
Assez, assez! des pleurs ! Pourquoi donc à mon seuil Cette sombre tristesse et ces habits de deuil? De retour à la vie on m'apporte des larmes ! On pleure au pied du trône ! et là des hommes d'arme Comme aux jours du danger; quel esi donc ce captif:
SARA
Ce captif ô mon roi...
C'est un rebelle, un juif Qu'on traîne à l'échafaud !
SARA
Ne le croyez pas, sire , Car cet homme vous trompe. Oh ! que dire, que dire! Non, ne le croyez pas, mon père est innocent,
[Montrant Lamorlière.) Le coupable, c'est lui, . .
CHARLES, à Lamorlière.
Croirais-je cet enfant?
Du rang qui vous sépare, en comblant l'intervalle,. Nous voulons à chacun rendre justice égale. . . Qu'a donc fait ce vieillard pour être criminel?
MONTAIGU
Il a bravé du roi le décret solennel. . .
LAMORLIÈRE
Sire, le grand prévôt l'attend pour le supplice...
SAHA.
Une fille éploréc attend votre justice,
La vie ou le trépas, eh bien ! s'il doit mourir,
Que le môme tombeau puisse nous réunir...