CHARLES
Ne soyez pas si prompts, grands, à lever la hache, Ignorez-vous enfin que le sang ronge et tache Les trônes d'où les rois lancent de tels arrêts, Et que la Providence en rendant ses décrets Plaça les rois en haut et leur mit la couronne Ou l'auréole au front en signe qui pardonne. C'est un pouvoir de Dieu qui s'attache à mon rang, C'est l'espoir de mon peuple, et vous voulez du sang ! Vous voulez en couvrir les fleurs du diadème. En arroser les lys et la majesté même ; Vous voulez que je lègue à mes futurs neveux Un sceptre ensanglanté ! C'est trop dire, je veux; Je reprends mon pouvoir, qu'aujourd'hui la régence Courbe son front pâli. Dieu me rend à la France! Je veux en pardonnant gouverner sans bourreaux, Et de mon pied royal briser les échafauds...
ISMAEL
Vous avez ordonné, monseigneur, qu'on nous traite Avec humanité; noble et sublime dettes Que l'on paie au malheur; le Dieu qui nous entend, 0 roi, t'en tiendra compte au jour du jugement. Eh bien ! malgré ton ordre, ô prince magnanime , Le poignard s'est levé pour frapper la victime, Le gibet s'est dressé lorsque le débiteur
A renié sa dette, (à LamorUère)Est-C(i vrai, monseigneur? Et lorsqu'un jour enfin je lui payai la mienne, Un noble au fier blason me reniant la sienne M'a jeté dans les fers !
CHARLES, à Lamorlière.
En sujet déloyal, Auriez-vous méconnu notre pouvoir royal, Comte?
LAMORLIÈRE
On peut m'accuser, sire, et non me confondre, Des preuves...
FLAMEL, surgissant de derrière la foule.
En voici! (// remet les tablettes au roi.) CHARLES les ouvre ; après les avoir parcourues , il les remet à Lamorlière.)
Qu'avez-vous à répondre?
{Après un silence.) Vous vous taisez? Vassal ! le roi te brise au front Ta couronne de comte ; à ceux qui l'entendront Que cela soit utile...
LAMORLIÈRE
Ah!
UN SEIGNEUR, au roi.
Pardon ! . . .