A LA MÉMOIRE DE SŒUR NATIVITÉ
Un jour, dans le jardin, d'un bouquet de feuillage, J'entendis s'échapper un doux et gai ramage ;
Et ma main, écartant doucement les rameaux, Découvrit à nos yeux un charmant nid d'oiseaux. Ils étaient six, serrés dans leur palais de mousse, Et la brise de juin les berçait sans secousse,
Le ciel était si beau, le soleil si joyeux,
Que je fus sur le point de chanter avec eux.
Ils gazouillaient en paix, sur la branche élevée ; La mère protégeait sa charmante couvée,
Mais tout-à crup un cri suspendit la chanson,
Et depuis ce temps là n'a chanté le buisson ;
Un épervier, fondant sur la petite mère,
Vint plonger dans le deuil cette nichée entière. Pauvres petits oiseaux ! J'étais loin de prévoir Que votre triste sort nous dût si tôt échoir
Notre nid à nous, c’est la Ville de Marie.
Une mère veillait sur la maison chérie ;
Et toutes, sans soucis, à toutes les saisons,
Nous faisons retentir nos joyeuses chansons.
Mais un jour, jour de deuil et de triste mémoire, La mère disparut... Nous ne pouvions le croire. Mais helas ! six longs mois d'absence et de douleur Ne nous ont que trop bien prouvé notre malheur. Vous comprenez pourquoi, même en ce jour de fête, Même lorsque les fleurs pleuvent sur notre tête, Nos voix ont moins d’écho, nos cœurs ont moins d Quand la mère n’est plus, tristes sont les enfants. Ah ! si, de son regard, cette douce journée Encore comme autrefois était illuminée ;
Si sa main sur nos fronts qu’elle baisa souvent Déposait aujourd’hui le laurier triomphant ;
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Si sur le seuil béni de cette maison sainte,
Quand nous allons partir et quitter cette enciente, Si sa voix nous disait un de ces chers adieux, Qu'elle disait si bien en nous montrant les cieux ;
Si son regard, vers nous, plongeant dans l'étendue, Veillait sur sa famille en cent lieux répandue,
Vers l'avenir plus gai notre cœur partirait,
Certaines que le sien sans cesse nous suivrait | Mais, qu'ai-je dit? Au ciel vous êtes toujours mère, Tante Nativité: gardez-nous sur la terre!
Et toi, chère maison, qui grandis dans ses mains, Toi qui vis arriver par cent mille chemins
Tant d’autres qu'avec nous captivaient ses doux charmes, O Villa Maria! nos cœurs sont pleins de larmes, Quand il faut aujourd’hui te quitter pour toujours, Et voir finir ainsi les plus beaux de nos jours | Sans doute, maintes fois, en nous croyant captives, Nous portions nos regards vers de lointaines rives, Et dans nos cœurs d'enfants, bâtissant des châteaux Nous rêvions l’avenir avec des jours plus beaux. Jours plus beaux ! En est-il? Vous pourriez nous l’appendre, Parents cent fois aimés, dont l'attention tendre Nous conduisit un jour vers l'asile béni
D'où la loi du dévoir nous arrache aujourd’hui.
Oui, nous aurons encore de bien douces journées Lorsque suivant les lois ici cent fois données,
Au foyer paternel jailliront de nos cœurs
Des chrétiennes vertus, les aimables vertus.
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