‹ Une voix d'outre-tombe [microforme]Chapitre 35 sur 116 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Ici-bas, c’est la loi, point de bonheur parfait

Quand, le sourire au cœur, je salue une fête,

Quand à la célébrer vivement je m'apprête,

La tristesse me suit ou me guette en secret,

Le chagrin voile vite un soleil d’allégresse

De ja prospérité voisine est la détresse...

Tel est le sort qui nous est fait !

Mais pourquoi ces soupirs, en si belle journée. Est-ce temps aujourd’hui pour de tristes discours ! Que l'aiguille au cadran fasse deux ou trois tours, Et nous voici partant, la tête couronnée, Faisant pendant deux mois, trêve avec nos travaux ; Près de parents chéris savourant le repos. .

Est-il plus douce destinée ?

Mais quand le voyageur fatigué du chemin

A frappé du baton au seuil de la chaumière,

Quand la douce chaleur, quand la douce lumière,

Ont reposé les yeux, les pieds du pélerin ;

Après la bonne nuit passée dans l’hermitage

Quand il faut dire adieu, se remettre en voyage, On pleure en partant le matin,

Suivez dans ces déserts, dans cette immense plaine, Ce découvreur hardi, marchant vers l'inconnu :

La sueur couvre à flots son front brûlant et nu: Son gosier est sans voix, ses poumons sans haleine, Mais voici l’oasis !...on respire un moment !

On revit!...on repart : adieu, palmier charmant !

Et de pleurs l’âme est toute pleine.

JÉES

Voyez ce naufragé sur la mer en fureur,

Les flots ont englouti le navire et ses voiles ;

Sur un débris flottant, sous un ciel sans étoiles,

Que va-t-il devenir ? Mais Dieu veille !...O bonheur !

Ce débris, faible esquif, le mêne en sa patrie !

C'est elle, naufragé ! !! Mais son âme attendrie Laisse en pleurant le mât sauveur.

Ainsi le cœur se prend d’une vive tendresse

Pour les lieux, les objets qui lui firent du bien :

L'un lui donne l’ombrage et l’autre le soutien ;

Puis 1l faut les quitter... Voyageurs, on nous presse :

Il faut partir...Partons ! ou nous demande ailleurs.

Trouverons-nous jamais des asiles meilleurs ?.. Comme on les quitte avec tristesse !

Ainsi nous te quittons, séjour béni du ciel,

Berceau de notre enfance, O Ville de Marie !

Tu nous fis retrouver et famille et patrie :

À ton sein nous puisions et le lait et le miel.

Sous ton riant soleil notre jeunesse heureuse

S'ouvrait vers l'avenir comme une fleur joyeuse Pleine de parfums et sans fiel.

Pour les beaux jours passés de notre heureuse enfance, Pour ceux de la jeunesse écoulés en ce lieu, Laissons de notre cœur monter vers le bon Dieu Les plus tendres accents de la reconnaissance. C'est Lui qui fit pour nous ces asiles bénis Où prière, travail, jeux, plaisirs réunis

Gardent la paix et l'innocence.

C’est Lui qui vers la terre un jour baissant les yeux, Prévoyant nos besoins avec un cœur de père, Au plus beau des pays nous choisit une mère : Et de son doigt divin, lui montrant ces chers lieux : ‘Va, dit-il, Marguerite, au bord de ce grand fleuve, ‘Où la terre à torrents de sang humain s’anreuve, ‘ Porter un sourire des cieux.

‘6 Va, fille de mon cœur; ne crains pas la tempête :

‘ En vain les éléments contre toi conjurés,

“ S’uniront aux démons de vengeance altéres.…

“ Pour de vaines terreurs ton âme n’est point faite.

Va, je l'aime, vois-tu, ce Canada lointain;

Ma mère en est la Reine, et moi, le souverain ! “Va ; nous protègerons ta tête.”

Elle partit, Dieu sait avec quel dévouement : Nouvelle Jeanne d'Arc, pour la mère-patrie, Pour la Foi, pour le ciel, pour la Vierge Marie, Bravant les flots profonds, bravant le dénuement. Sans crainte des travaux vers lesquels Dieu l’attire, Elle court à la gloire, elle court au martyre,

Sans hésiter même un moment.

Deux siècles ont passé sur sa sainte mémoire :

Deux siècles ont passé, déposant tour à tour

Fleur de reconnaissance ou couronne d'amour

Sur le tombeau sacré d’où jaillira sa gloire.

Et nous venons aussi toutes, d’un cœur pieux,

Chanter l'hymne de tous...Puissent enfin nos vœux Hâter le jour de ‘a victoire,

La victoire, ce sont les honneurs des autels ;

C'est l’auguste Pie IX relevant la poussière

De la fille de Dieu dormant au cimetière.

Levez-vous, Marguerite, et nos chants solennels,

Faisant monter à Dieu nos concerts de louanges,

Se joindront aux accords que pour vous les saints anges Chantent aux parvis immortels.

O Dieu quel beau moment ! quelle sainte journée ! Que celle où, s’eveillant de son profond sommeil,

Des fleurs de ses vertus d’un éclat sans pareil, Notre Mère Bourgeois paraîtra couronnée.

Cher Canada, frémis ; applaudis, Montréal :

Fais à ta fondatrice un triomphe royal :

Jamais gloire mieux méritée !

Pour vous dont les doux soins forment ici nos cœurs, Filles de Marguerite, Ô quel moment d'ivresse ! Quand vous suivez le char de la sainte maîtresse, Semant tout le chemin de concerts et de fleurs ! Pour payer vos bienfaits, chaque jour, Bonnes Mères, De loin comme de près, nos ardentes prières Solliciteront ces faveurs.

Et nous que ces lieux attachent au rivage, F Nous, il nous faut partir ! comprenez nos douleurs ! ô Suivez-nous de vos yeux, suivez-nous de vos cœurs, | Dans les mille détours d’un périlleux voyage. Puissent vos vœux pour nous à toutes obtenir De pouvoir, chaque année, ensemble revenir

Nous reposer sous cet ombrage !

Et puissiez-vous surtout, au moment du retour,

Trouver en vos enfants vos leçons conservées,

Comme de Sœur Bourgeois, les vertus révérées,

n Reproduites par vous, brillent dans ce séjcur.

| Et que dans le beau ciel, si Jésus nous le donne,

Nous soyons pour vos fronts une douce couronne De reconnaissance et d'amour!!!

A SA GRANDEUR MONSEIGNEUR FABRE, À AVANT SON DÉPART POUR LA VILLE-ÉTERNELLE, N Permettez, Monseigneur, à la reconnaissance ë N De venir s’épancher à vos pieds, en ce jour. | # Ve Nos cœurs seraient de fer, si pour votre présence Dé Nous n'avions un merci dans cet heureux séjour. à U Reconnaissance à Dieu qui, par un choix de Père, s Et Lui-même couronna notre premier pasteur. n.. N! Six ans se sont passés depuis ce jour prospère, à Di Vos bienfaits l’ont rendu plus cher à notre cœur, 4 M

Daigne pendant longtemps la Madone chérie,

Dont le mois si cher vit votre élévation,

Vous garder à l'amour de sa Ville-Marie

Comme l'enfant chéri de sa protection !

Que bien longtemps encore, chaque nouvelle année Vous amène chez nous avec ie mois de Mai, Aimable et saint Pasteur, dont la bouche sacrée Vient rafraîchir nos cœurs d’un souffle parfumé.

Ce souffle vient du ciel : c’est l'Esprit Saint lui-même Qui descend dans les cœurs où vous placez Jésus ; Vous posez à nos fronts l’éclatant diadème,

La croix, couronne d’or du peuple des élus.

Qu’à cet honneur toujours notre âme soit fidèle ! Que nous marchions toujours dans le noble chemin ! Vous êtes à la fois le guide et le modèle, Encouragez nos cœurs, et tendez-nous la main.

Mais vous voulez partir, nous dit la renommée,

Vous voulez visiter notre -ainte Sion ;

Comme celle de Paul, votre âme est affamée

D'’aller au Vatican voir Pierre dans Léon.

Partez, saint voyageur ; portez au commun Père Avec tout votre amour, tous les vœux de nos cœurs. Dites au grand Léon que par toute la terre

Ses actes n’ont déjà que des admirateurs.

Si nous pouvions vous suivre en la Ville éternelle Oiseaux du Canada, cachés en votre sein,

Nous chanterions pour vous pendant la traversée

Et pour le Pape aussi chanterait notre essaim.

Nos prières du moins, Ô Pasteur Vénérable,

Vous suivront chaque jour sur terre et sur les flots ; Dermandant au Seigneur un souffle favorable

Un ciel toujours serein, du bonheur, du repos.

Et vous nous reviendrez, le cœur gai, les mains pleines, Nous parler de Léon et bénir notre amour,

De l’absence, toujours longues sont les semaines Mais bien joyeux sera le moment du retour.

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