OFFRANDE DE FLEURS
Madame, dans ma main tremblante, Je sens trembler toutes mes fleurs, Et cette peur intelligente
Est la plus justifiée des peurs.
Quand, pour en garnir ma corbeille, Je les cueillais avec amour,
En s’inclinant vers mon oreille, Elles me disaient tour à teur.
Petite enfant, que veux-tu faire !
Offrir à la Fille des Rois
Une pauvre fleur éphémère,
Digne de vivre au fond des bois !
Ne sais-tu pas qu’à sa couronne On a dû mettre bien souvent
Les fleurs que l'Amérique donne, Celles que donne le Levant ?
Sa tendre, son auguste Mère, Souveraine sous tous climats, Pour ses Enfants fit un parterre Dans chacun de ses vingt Etats.
Le Couchant, le Midi, l’Aurore, A ses pieds versent leur tribut
. Parmi ces riches dons de Flore
Que ferons-nous, fleurs de rebut ?
Ainsi parlaient mes fleurs chéries :
Je trembiais au son de leur voix :
Où trouver guirlandes fleuries Pour l’auguste Fille des Rois ?
Mais un petit bouton de rose
Me fit sourire en me disant, L'amour embellit toute chose !
Cueille toujours, petite enfant,
Madame, voici ma cueillette !
Ma corbeille est peu, je le vois;
Je la voudrais bien plus compiète Pour l’auguste Fille des Rois.
Mais si, malgré tout, mon cœur ose Offrir un bouquet si petit,
La faute est au bouton de rose— Madame, m'aurait-il menti ?.… Vous souriez, Noble Princesse :
Le bouton de rose a dit vrai,
Et l'amour de notre jeunesse Donne à ces fleurs un double attrait, Gardez le donc: que leur présence Pour nous redise mille fois L'hymne de la reconnaissance
À. l’auguste Fille des Rois.
Et si vous voulez qu’à leur gamme Rien de ce jour ne soit changé
Daignez nous octroyer, Madame,
Un long et beau jour de congé.
Nous joindrons à leur voix charmante, Pour Louise et Victoria,
Une musique si puissante
Que vous l’entendrez d'Ottawa.