LE SONGE DE L’AVEUGLE
J'étais assise un soir au pied de la colline Où ma mère souvent avait conduit mes pas.
Ma mère bien-aimée, elle était morte, hélas ! Laissant sa chère enfant pauvre, aveugle, orpheline. Oh ! que mon petit cœur était gros de chagrin! J'étais seule ici-bas.. Des pleurs en abondance De mes deux yeux éteints ruisselaient en silence. Je pleurai bien longtemps : puis, au bord du chemin, Ma tête s’inclina sous ma douleur amère; Mon front pour oreiller rencontra le gazon ; Bientôt le bruit du soir devint un vague son, Et puis je m’endormis en pensant à ma mère.
Pendant que je dormais, il me sembla voir Dieu Entouré, dans le ciel, de ses légions d’anges : Il imposa silence à leurs douces louanges.
Ma mère, à deux genoux, priait dans le saint lieu. Mère, c'était bien toi !!! Si j'avais eu des ailes Vite j'aurais volé vers le beau Paradis.
Le bon Dieu l’écoutait : il recommanda: Je vis Un ange s’élancer des voîtes éternelles, Qu'il était beau, cet ange! On dit que le soleil Brille avec tant d'éclat qu'il fascine la vue Quand ses rayons de flamme inondent l'étendue. Mon ange était plus beau, son front bien plus vermeil ! ! Il abaïssa son vol doucement vers la terre ; Son pied sur le gazon se posa près de moi ; Il me dit: “ Dors en paix; chasse bien loin l’effroi, “ Je tiens auprès de toi la place de ta mère.” Et puis il me montra, dans un rêve bien doux, Des hommes bienfrisants, des femmes généreuses, Versant à pleines mains leurs aumônes pieuses Et donnant sans compter tous leurs trésors pour nous. Je vis une maison s'élever grande et belle :
Sur la porte on lisait : Asile aux malheureux.
L’orphelin trouve un père, et l’aveugle des yeux... Et mon ange couvrait la maison de son aile,
Et la maison entière était pleine d'enfants
Comme moi dans la nuit... Et leur troupe joyeuse Me dit : viens avec nous, viens, tu seras heureuse... Et moi je partageais leur travail et leurs chants.
On m’'apprit à voir Dieu, le louer, le connaître : Bientôt, je pus aussi par l’aide de mes doigts, Travailler, lire, écrire ; et joyeuse ma voix
Redit un chant d'amour à notre commun Maître. Et mon ange me dit: Sois heureuse en ce lieu : Aime tes bienfaiteurs ; tu leur dois l’allégresse
Dont ton cœur est rempli; moi, mon devoir me presse ; Je vais graver leurs noms au livre du bon Dieu.