LE RETOUR
Le lien le plus fort, le lien le plus doux Qui puisse unir les cœurs, c’est l'amour d’une mère !
‘ande Nous nous disions ces mots en nous séparant tous, : Au sortir de la grotte et de son sanctuaire. —Les uns partent pour Rome, alertes et joyeux.
Ils nous diront plus tard les merveilles d'Assise,
Les douceurs que Lorette offre à des cœurs pieux,
Les beautés de Turin ou les splendeurs de Pise,
Ils nous diront surtout les saintes voluptés
Que leur fit éprouver la royale caresse
Du Pontife Romain, voyant à ses côtés
Ses canadiens chéris, les fils de sa tendresse.
Ils diront le bonheur de lui baiser la main,
La douceur de sa voix suave et paternelle.
La messe à son autel : la fraction du pain,
De toutes les faveurs la plus surnaturelle.
Ils diront leurs transports, leur admiration,
Quand ils ont parcouru les saintes catacombes ;
Quelle fut de leur cœur la vive émotion
Quand des premiers martyrs leurs mains touchaient les $
tombes.
Ils diront les douleurs de la noble cité
Courbant son front royal sous des tyrans infâmes.….
Et nous demanderons triomphe et liberté
Pour la ville des saints, la reine de nos âmes !
Re con Ha
Les autres pèlerins partent pour d’autres lieux. Chacun à son devoir s'applique en diligence, Car le temps marche vite...un contrat sérieux Nous veut, à jour marqué, sur l'Océan immense. Nous voilà réunis : l'appel du rendez-vous
Nous retrouve à Paris, dans la même demeure : Profitons des moments et sanctifions-nous,
En sages pèlerins, jusqu’à la dernière heure. Allons prier ensemble à l'autel bien aimé,
Trône miraculeux, dit de la Vierge-Noire :
François de Sales vit son désespoir calmé
Au pied de cet autel : on connaît son histoire.
Vierge-Noire et belle pourtant, Ecoute bien notre prière,
Et donne au cœur qui désespère L'espoir, ce charme séduisant.
Que la foi, l'amour, l'espérance, Les plus royales des vertus, Jusqu'au beau séjour des élus Nous conduisent en assurance.
—Le lendemain nous vit offrir nos vœux ardents A saint Vincent de Paul, patron des misérables : Nos cœurs se réchauffaient près de ses ossements, Et nous courbions nos fronts sous ses mains vénérables.
Apôtre de la charité, Regarde-nous avec bonté :
Qu'en faisant le bien sur tes traces, Nous puissions, dans l'éternité, Auprès de toi trouver des places !
—Il faut partir demain !... C’est notre dernier jour. + Allons nous reposer dans les bras d’une Mère. 3 La Vierge nous attend dans un humble séjour, Son cœur garde à nos cœurs une faveur dernière.
à 17 Voici le souterrain où, descendant du Ciel, Rayonnante d'amour et de beauté divine, Elle fit le présent royal et maternel De sa sainte médaille à la sœur Catherine.
Asseyez-vous sans crainte en ce fauteuil béni, C’est son trône d'amour, sa main vous y convie : Parlez-lui : tout désir sera bien accueilli ! …. O Marie, bénis nous pour toute notre vie ! ! 1... —En marche! maintenant : retournons à Calais : Retraversons la Manche. Adieu, pays français !.....…. Mais la Manche a juré de n’être plus si bonne. La tempête en son sein comme un volcan bouillonne: Elle saute, bondit, et ses flots soulevés Font crier tout haut : grâce ! à des cœurs éprouvès..….. On voguait cependant, et bientôt sur la rive * Le vaisseau déposait sa cargaison plaintive. On se compte, et l’on voit sur notre pont les morts Se lever devant nous sans de trop grands efforts ! ! ! —Nos wagons, dans la nuit traversent l'Angleterre. —Le Sarnia s'ébranle......et bientôt, plus de terre... Plus de terre !...Et voila que les flots en fureur Viennent autour de nous promener la terreur.
| Nos cœurs pourraient trembler, si la Vierge Marie es Ne nous aidait, ô mer, à braver ta furie.
Tes flots peuvent bondir et passer sur le pont: Le sourire toujours éclaire notre front... Nous aimons à te voir avec cet air sauvage.
Mais que tu montres triste ou souriant visage, L'ordre du jour à bord a fixé la gaieté.
—Vienne un anniversaire : il faut qu’il soit fêté, # La muse qui veut bien être notre compagne ; S'éveille à notre voix et se met en campagne ; Et butinant sans frais des vers par-ci par-là, Elle revient chantant les couplets que voilà : À C
RE ré
TS
RNA RSR RE
Que le bon Dieu vous donne Tous les soirs un bon lit ; Et, quand le dîner sonne, Un superbe appétit,
C'est le premier souhait à Pour vous tout exprès fait, 4 Que les clients abondent
Dans votre magasin ;
Que les écus inondent
Votre joyeux chemin! etc., etc.
Les ris avec les chants éclataient en cadence : Le mal de mer lui-même était mis en vacance.
Un autre jour, à bord, certain petit chapeau Donnait aux pèlerins amusement nouveau.
Ce couvre-chef, aux bords vraiment microscopiques, Devint presque l’objet de poëmes épiques ; Et chacun applaudit de la main et du cœur Au poète chantant sur un rhythme vainqueur :
La musique et la poésie, Deux sœurs se tenant par la main, Aïment, sur la rive fleurie, A se reposer en chemin.
Le bord de la mer peut vous plaire, Charmantes sœurs, il est si beau !
Mais j'ai mieux pour vous satisfaire, Car rien ne vaut le bord de mon petit chapeau ! —Ainsi malgré la brune et malgré la tempête, Les heures du retour ne furent qu’une fête.
O Vierge, à tes enfants tu permettais ces jeux Qui ne troublaient jamais Ja ferveur de nos vœux. Jusqu'à la fin, nos cœurs unis dans la priére Firent de ton amour leur affaire première.
Pèlerins jusqu’au bout, en touchant le c4ez nous, Tous unis nous allons tomber à tes genoux; Et nos voix et nos cœurs, devant un peuple immense, Te chantaient le refrain de leur reconnaissance,