‹ Une voix d'outre-tombe [microforme]Chapitre 5 sur 116 · CANTIQUE · texte numérisé non relu

CANTIQUE

A vos pieds, douce Reine, Notre amour nous amène :

Recevez, en ce jour,

Vos enfants, leur amour.

A vous, noble souveraine,

A vous nos cœurs sans retour !

Vous l'avez dit, Ô Vierge Immaculée Tous les pays chanteront vos grandeurs :

Et nous venons de la rive éloignée

Vous offrir, aussi nous, et nos chants et nos cœurs.

Vous le savez, le Seigneur des Armées

Des légions dédaigne le secours;

Du juste seul les mains au ciel levées De tous les ennemis triompheront toujours.

Du Canada vous portant la prière

Bien peu nombreux arrivent vos enfants :

Mais notre terre est presque la dernière.

Et, pour vous voir, il faut braver les océans.

Pendant dix jours, sur les vagues profondes

Notre vaisseau s’est dirigé vers vous ;

Nos chants unis au murmure des ondes Rendaient le ciel plus pur et l'océan plus doux.

Des flots mouvants la longue traversée

Est une épreuve au cœur même du fort.

Mais contre nous la vague s’est lassée, Notre persévérance a mérité le port.

Et nous voici sur ce sol de la France

Que votre cœur a toujours tant aimé !

Nos souvenirs comme notre espérance, Sol vraiment paternel, en ton sein ont germé.

Et nous voici dans ces montagnes saintes Où votre amour nous apporta des cieux De notre Dieu les conseils et les plaintes, Parlez, Reine du Ciel, à vos enfants pieux.

De votre voix la suave harmonie, Sur l'océan portée en notre cœur, Réjouira votre Villemarie Et, pour le Canada, sera chant de bonheur.

Regardez-nous de ce regard de mère, Signe certain des célestes bienfaits ; Du Canada recevez la prière ;

Au cœur de ses enfants rendez enfin la paix.

Depuis longtemps votre cité chérie

Met son bonheur à chanter votre amour,

Pie IX l’aimait ! ! ! Votre image bénie, Don sacré de son cœur, nous attend au retour.

A nos amis, à nos parents, nos frères, Accordez-nous de rapporter joyeux Les fruits bénis de ferventes prières,

Et qu’un jour vos enfants vous chantent dans les cieux !

Et le concert se tait... On Lui parle à voix basse. Et notre âme frémit sous son souffle qui passe.

Puis on lui dit bonsoir du cœur et de la main,

Et nous allons rêver le plus beau lendemain.

En effet il fut beau, ce lendemain ! Des frères

Nous arrivaient nombreux, avec chants et bannières. Nous n’étions que cinquante, ils étaient légion ;

Ils venaient avec nous, Vierge, bénir ton nom. Leurs cœurs avec nos cœurs facilement s’unirent ; Nos voix avec leurs voix dans les airs retentirent : Villefranche avec nous dans son transport chanta Ce que Villemarie entonne au Canada.

Le jour passa rapide, embaumé de prières ;

Le soir s’illumina d'innombrables lumières :

L'image de la Vierge et celle de la Croix,

La Basilique entière éclataïent à la fois :

Et nos mains s'éclairaient de la flamme bénie

Des cierges pétillant pour l'amour de Marie.

Tout est prêt. En avant! Les chants et les flambeaux Ondulent sous le ciel comme ondulent les flots. Notre procession, comme un ruisseau de flammes, # Serpente dans la plaine, et nos brûlantes âmes Sans se lasser jamais chantent l’Alleluia

Qu'on traduit en ces lieux par Ave Maria!

# Ds célestes hauteurs nous croyions voir les anges. Descendre pour s'unir à nos saintes louanges.

Puis le fleuve vivant ayant fini son tour,

S'étendit en un lac de flammes et d'amour.

Nous étions à vos pieds, Ô Vierge couronnée!

# Une brûlante voix prêcha l’Immaculée,

ï$ Appelant sur nos fronts, en termes émouvants,

1 Les faveurs que Marie octroie à ses enfants,

Nos yeux étaient fixés sur la belle statue ;

A ses pieds, à son cœur notre âme suspendue S'enivrait à loisir d'amour et de splendeur.

C'était pour nous surtout, Vierge, qu'avec tendresse Vous aviez préparé ces heures d’allégresse.

Car lorsque l'orateur tout ému s'arrêta,

Mille voix s’écriaient: Vive le Canada !

La prière finit cette belle journée.

O Mère, à vos genoux la foule prosternée Demanda pour la nuit la bénédiction,

Et nos cœurs s’endormaient ivres d'émotion.

Le soleil reparut: mais, sur les bords du gave, Notre œil le salua d’un regard triste et grave. C'était le dernier jour ; et dès le lendemain

Nous devions, voyageurs, nous remettre en chemin.

Employons bien du moins cette sainte journée: Par la communion qu’elle soit commencée :

Notre mère elle-même a dressé le festi” ;

Venez manger son pain, venez boire son vin.

Dans le creux du rocher, chère et douce retraite, Où la voix de Marie appela Bernadette,

Un autel est placé : là, pour le dernier jour,

Nous allons nous asseoir au banquet de l'amour,

Il semblait que vos mains, Vierge auguste et bénie, A nos lèvres venaient porter l'Eucharistie ; Richesse incomparable, ineffable trésor |...

Et nous déposions à vos pieds tout notre or :

Tout notre or, tous nos cœurs ! Indigne et pauvre offrande A notre Reine, au ciel et si riche et si grande ! Mais vous le voyiez, Mère, au séjour des élus, Nous eussions voulu faire et bien mieux et bien plus ! Lisez du moins ces noms qui vibrent sur la lyre, Et disent qu’en tous lieux on aime votre empire. C'est le chant des enfants de la mère Bourgeois Qui toutes en concert font entendre leurs voix, Près de ce cher tableau, voyez ce cœur qui brille, De la mère d’Vouville il nomme la famille.

Puis d’autres dons encore venus de toutes parts :

Le temps auprès de nous comme l'oiseau s'envole :

Il faut partir......O Mère, encore une parole:

Bénissez Léon XIII et l’Église avec lui ;

De la France toujours soyez le ferme appui,

A Lourdes conservez sa piété sincère ;

Rendez le Canada plus fervent, plus prospère ; Bénissez nos parents, nos frères, nos amis ;

Exaucez tous les vœux entre vos mains remis ..….

Et maintenant: Adieu!!! Mais pardonnez nos larmes. A vos pieds tous nos cœurs ont goûté tant de charmes. Adieu! De revenir nous n'avons pas l'espoir...

Et l'écho, malgré tout, répondit : au revoir !

Et bien! puisqu'on le dit, au revoir, bonne Mère : Nous partons; notre amour reste à ce sanctuaire : Comme le roitelet, notre cœur fait son nid

Tout près de votre cœur dans le rocher béni.

Puissé-je en ce doux nid dormir toute ma vie,

Et m'éveiller un jour dans la sainte Patrie!!!

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