SŒUR NATIVITÉ, SUPÉRIEURE DE VILLA-MARIA
Elle naquit au sein de l'Irlande fidèle
Celle qu’un souffle heureux apporta sur son aile Et, comme un don du ciel, déposa sur nos bords : Celle que, dans sa course, une mort trop hâtive Vient d'emporter hier vers l’éternelle rive,
Malgré notre tendresse et malgré nos efforts.
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Arrachée en naissant au sol qui la vit naître,
Plante d’un jour, que Dieu, de tous Souverain Maître, Destinait à grandir sous un ciel étranger,
Aux champs américains implantant sa racine,
Elle but à longs traits une sève divine,
Que la Vierge d'amour daigna lui ménager.
Oui, la Vierge veillait sur cette chère vie ; Elle voulait avoir dans sa Ville-Marie
Cette rose de choix, aux jours de son printemps. Catherine entendit cet appel d’une Mère,
Et, brisant d’un seul coup les liens de la terre, Elle apporta vers nous son cœur et ses vingt ans. :
Ouvrez à sa ferveur ce secret sanctuaire
Où, sous l’œil du Seigneur, loin des yeux de la terre, La novice s'exerce à toutes les vertus ;
Bientôt, en franchissant la porte de ce temple, Riche des dons du ciel, elle sera l’exemple
Pour les travaux sans fin, pour les soins assidus,
Au sein de la cité, dix fertiles années
La virent au labeur consacrer ses journées
Et donner aux enfants ce qu’elle avait reçu, Religion, savoir, travaux de toute sorte
Elle suffit à tout; et cette femme forte
Pour de plus grands desseins s'apprète à son insu.
L'heure a sonné, partez: une maison nouvelle Demande votre cœur, votre main maternelle ; Allez souffler la vie à Villa-Maria.
Sur ces charmants sommets faites briller l'étoile Qui doit guider de loin plus d’une blanche voile, Vers l'asile béni que Dieu vous confia.
Le succès le prouva, le choix était fort sage: Bientôt, sous les berceaux du vivant hermitage, Tout un peuple d'enfants accourt avec bonheur, On laisse sans pleurer les parents, les familles ; Et l’on voit s'empresser toutes ses jeunes filles Dont Sœur Nativité sait captiver le cœur.
Le cœur, c'était sa part..….Et par lui, dans les âmes Comme elle savait bien allumer d’autres flammes | Qui dira tout le bien qu'elle fit en secret |
Que d’enfants dans la nuit lui durent la lumière : Combien elle en tira du feu, de la poussière : Combien elle en guida d’un doigt sûr et discret!!!
La colonie augmente, et la maison pieuse
Ne peut plus contenir la famille nombreuse.
Elargissez l'enceinte !......On vient de tous les lieux !... Nativité commande : à sa voix obéie
On voit deux fois surgir la demeure agrandie :
Les deux âges unis font un tout merveilleux.
Ses enfants sont au large en prière, à l'étude ; Mais cela n'est pas tout pour sa sollicitude :
A la jeunesse il faut les innocents plaisirs.
Elle creuse une mer dans son petit domaine ;
Sur des flots sans courroux la barque se promène Sa famille en jouit; c’est bien pour ses désirs.
Ce n’est pas tout encore : pour former la jeunesse, Il faut ouvrir son cœur à la douce tendresse
Et la rendre sensible aux besoins du prochain, Nativité le sait : elle parle et l'ouvrage
En de chauds vêtements aux pauvres se partage... Des œuvres à venir c’est le premier levain.
Ainsi toujours, en tout, ses heures devouées
Nous semblaient défier le lourd poids des années : Elle portait si bien son aimable fardeau |
Mais un jour on nous dit: trop ardente est la flamme Pour qu’un si faible corps puisse y tenir ; la lame, En allaut et venant, a brisé le fourreau.
On disait vrai: Bientôt naquirent les alarmes ; Bientôt de tous les yeux on vit couler les larmes... En vain des vœux ardents s’expriment à ses pieds ; En vain de saintes sœurs raniment sa faiblesse ; En vain de ses enfants s'exprime la tendresse ;
En vain daignent agir d’illustres amitiés.
Vers la tombe bientôt Nativité se penche;
Fruit mûr se détachant lui-même de la branche Et tombant au trésor du grenier éternel.
A le veille du jour où le chœur des saints anges Pour le Verbe abaissé répète ses louanges, Mère Nativité s’envolait vers le ciel.
Le repos était dû cent fois à la vaillante
Qui, pendant quarante ans, toujours persévérante, Mena de front gaîment les plus rudes travaux.
Et la couronne, aussi sans doute elle était prête Pour ceindre près de Dieu la vénérable tête
Qui portait en riant les plus pesants fardeaux,
Et celle que souvent elle appelait sa Mère,
Celle qu'elle invoquait souvent dans sa prière, Celle qu’elle aimait tant, Marguerite Bourgeois, Attendait son enfant montant vers la patrie ;
Et l'ange protecteur de sa Ville-Marie
La mena triomphante aux pieds du Roi des Rois.
Votre trône est au ciel, Ô mère bien-aimée ;
D'un torrent de bonheur vous êtes enivrée |! … Possédez à jamais ce trésor précieux |
Mais dans le Paradis n'oubliez pas la terre:
En nous gardant encore montrez-vous notre mère, Et près de vous un jour appelez-nous aux Cieux!!!
Pour nous, noble travail que votre cœur mérite, Nous al'ons élever à Mère Marguerite
Le monument sacré que vous rêviez souvent :
Et, sur le marbre où doit resplendir son image, Deux noms gravés par nous rediront d'âge en âge Les vertus de la Mère et l’amour de l'enfant !
Vous qui lui succédez, ce sera votre gloire
De payer ce tribut à sa chère mémoire, Exécutant bientôt le plus cher de ses vœux.
Ainsi de ses vertus continuant la trace,
Nous la verrons en vous tenant la même place, Et sur le même cœur, nos cœurs seront heureux.