‹ Une voix dans la fouleChapitre 21 sur 66 · FOI · texte numérisé non relu

FOI

Voici s'endormir les heures brèves Qui frissonnent de froid et de peur.

La meute invisible de nos rêves Poursuit la lune dont la lueur Emeut l'âme de l'eau sur les grèves Et fait crier l'amour dans mon cœur.

Je me trouve au tournant de la route, Les yeux cherchant ce qu'on ne voit pas, Les mains folles comme lorsqu'on doute, Les pieds ne suivant plus d'autres pas. Mais j'ai g-ardé confiance toute Que l'auberge est ouverte là-bas.

DES CniS DANS LA. NUIT yt

Là-bas où sera douce l'aurore Sous les arbres roses du ver^-cr Lorsqu'à l'heure où les nids vont éclore Je sentirai sur mon front léger Les baisers de celle que j'ignore, Mais qui sera bonne à l'étranger.

SUITE DE ROMANCES

Je ne sais ce que veut mon cœur.

Tous les arbres sont blancs ou roses ; Une abeille est dans chaque fleur; Je voudrais chanter toutes choses.

Je ne trouve que d'anciens mots Sur des airs plus anciens encore :

Car d'amour les biens et les maux Sont vieux comme l'ombre et l'aurore.

■yÔ UNE VOIX DANS LA FOULE

Printemps, je me tais ! Sois vainqueur Avec tes oiseaux et les roses.

Je ne sais ce que veut mon cœur :

Tous les arbres sont blancs ou roses.

SUITE DE nOMANCRS ']^

Tenir ta chère tête en mes mains

Et la baiser comme une fleur Long-temps cherchée au bord des chemins,

Oh ! que cela soit mon bonheur !

Bâtir pour toi la belle maison Où ta voix chantera sans peur

De la claire à la sombre saison, Oui, cela sera mon bonheur !

Attendre sans larmes le trépas Dans tes bras et contre ton cœur,

0 toi que je ne nommerai pas, Cela sera-t-il mon bonheur?

SLITK nt ROMANCES 79

Si je t'aime? — Demande à la Vie.

Les lilas sont tout tremblants d'oiseaux; La brise est lourde de chaude envie; La prairie embaume au bord des eaux .

Comment je t'aime? — Demande à l'Ombre, J'y cherche tes lèvres et tes mains ; Au loin tombent des astres sans nombre. Qu'importe l'aube des lendemains?

Quand je t'aime? — Demande au Silence.

Les portes du sommeil vont s'ouvrir.

C'est l'heure de douce défaillance Où nos âmes s'écoutent mourir.

SUITE DE nOUANCES 8l

0 chansons, ô brises des nuits, Parfums des lis et de mes rêves, Sanglots des flots au long des grèves.

Amour blessé qui me poursuis.

Frissons, lueurs, soupirs, nuances.

Quels mots plus légers que l'esprit, De ceux qu'on pleure ou l'on sourit Pourraient dire vos influences?

Mais non, ne les profère pas 1 Il faut le silence et peut-être La mort, afin de reconnaître Les anges secrets à leurs pas.

SUITK DE ROMANCES 83

Viens, cette nuit, poser tes lèvres, Fleurs tièdes de chair, sur mes yeux. Je croirai sentir sur mes fièvres Des roses s'effeuiller des cieux.

Glisse tes deux mains dans les miennes, Doucement, comme un don secret; Puis chante des choses anciennes Faites d'amour et de regret .

On dirait que par la fenêtre Le Malheur nous g-uette, sournois.

Mais l'aube va bientôt paraître, Et j'ai tes baisers et ta voix.

StITK DE ROMANCES

Je crains de cueillir ta beauté Quand j'entends retentir les heures Sur tous les toits de nos demeures.

Après le printemps c'est L'été.

Ce que jeunesse perd et donne, Flammes du cœur et fleurs du corps, Le prendrai-je en dépit des morts ?

Après l'été voici C automne.

Le soleil saig^ne sur la mer, Au jardin s'effeuille la rose, C'est l'heure où l'amour se repose.

Après l'automne vient lliiver.

SUITE DE ROMANCES 87

VU

Le vent souffle sur la falaise, Les fleurs tombent dans le verger.

Pourquoi donc en moi ce malaise Et ce désir de m'affligcr?

C'est sans raison que je soupire.

La terre est comme un lit d'amour, Toute la mer est un sourire.

Qu'es-tu plus triste que ce jour?

Ah ! demandez au vent qui passe Au printemps qui meurt dans les fleurs, Et laissez à ceux que tout lasse Le bonheur secret de leurs pleurs.

SUITB DE ROMANCES 89

Mai, le g-ai mois où l'on espère, Le mois Irisle où l'on se souvient, Vient-il dans l'aube grise ou claire Pour ce cœur que l'amour retient?

0 passant au visage austère, Demande ta réponse au vent Ou creuse de ta main la terre Où dort tout ce qui fut vivant.

QO UNE VOIX DANS LA FOCLE

Le nouveau printemps est plein d'ailes, Mais le mois des désirs en fleur Et des amours qu'on crut fidèles Ne revient jamais pour le cœur.

SUITE DE ROUAN'CES QI

Je voudrais, pour bercer mon ennui, Des mots qui n'eussent pas plus de suite Que le bruit de la brise, la nuit, Ou de l'eau dont écume la fuite.

Je rêve à des sons indéfinis Que n'alourdirait nulle parole, Gazouillis qui s'éteint dans les nids, Vol d'abeille autour d'une corolle.

f)2 UNE VOIX DANS LA FOUI.E

Ce serait dans le monde et mon cœur Ce rien qui fait vivre le silence, Comme un baiser effleure un dormeur Sans l'éveiller de sa somnolence.

SUITE DE nOUANCKS qS

Que les autres chantent la rose!

La fleur du cœur est le souci.

Ah ! que la vie est triste chose Quand celle qu'on aime est sans merci !

L'Amour est mort, A qui la faute?

Demandez à celle qui rit.

Va-t'en, pauvre amant, tête haute :

Ne reviens pas sous un faux habit.

(j4 UNE VOIX DANS LA FOfLK

Il est^ paraît-il, par le monde D'autres femmes, des fleurs aussi.

Mais cet amant aimait sa blonde, Et la fleur du cœur est le souci.

SUITE DF. nOMANCKS g5

Uq éventail près d'un g"ant, Et ce parfum de verveine!

C'est tout d'un amour si grand.

Que mon cœur, que mon cœur a de peine !

Vous m'appeliez votre roi Quand je te disais : ma reine!

Je n'ai plus force ni foi.

Que mon cœur, que mon cœur a de peine!

gÔ UNE VOIX DAîiS LA FOULÉ

La lune est morte à demi, La nuit retient son haleine.

Ah! pleurer près d'un ami !

Que mon cœur, que mon cœur a de peine!

SUITE DK HOMANCES (j-J

Soupirs du vent parmi les fleurs, Sanglots d'amour au fond des chambres, Musique éternelle des pleurs Des avrils comme des décembres,

Tout ce qui, des foyers aux nids Et de nos maisons jusqu'aux astres, Chante le deuil des jours finis Et la peur des futurs désastres,

gS UNE VOIX DANS LA FOLLE

A roulé cette nuit sur moi Comme la douleur de Dieu même, Parce que j'ai perdu ma foi En celle à qui j'ai dit : je t'aime 1

SUITE DK ROMANCES

Hélas! j'ai perdu le soleil Avec l'amour de ma compagne.

Qui me sera de bon conseil?

— OJi! Corage sur la montagne !

La pluie est déjà sur mes mains, Le vent me poursuit et me g^ag-ne ; Je suis le fou par les chemins.

— Oh ! la foudre sur la montagne !

Univers;

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«£^fav!en3i8

Qui rendra la paix à mon cœur Et les moissons à la campagne?

Amour, je t'appelle et j'ai peur!

— Oh ! le soleil sur la montagne!

SUITK DE nOMANCES

Le vent a soufflé dans les branches,

— La folle a trompé mon amour — L'oiseau fuit vers un nouveau jour, Les vagues sur la mer sont blanches.

Les corbeaux suivront les colombes,

— La folle a trompé mon amour — Fleurs et fruits vont choir tour à tour, J'entends là-bas creuser des tombes.

C'en est fini de ma jeunesse,

— La folle a trompé mon amour'

C'est la neig'e sur le labour

Dont je crains que rien ne renaisse.

SUITB DK ROMANCES lo3

J'ai vu ce matin trois colombes Passer dans le ciel violet. Beaux enfants, portez sur trois tombes La rose, le lys et l'oeillet.

Toi, qui seras le plus beau, donne L'œillet à l'amante d'un jour, Le lys à celle qui fut bonne Et la rose à mon seul amour.

Puis retourne danser la ronde Sur la route, et ne reviens pas.

Aucun bonheur ne dure au inonde Plus que la trace de tes pas.

SUITE DE nOXIANCES

Mes yeux ont vu trop de soleils.

Mes pas ont foulé trop de grèves 1 Les astres sont partout pareils, Et les heures d'amour sont brèves.

Je ne demande plus aux dieux Qu'un asile au bord de la route D'où je sourirai comme un vieux Aux enfants qui narguent mon doute.

Laisse-moi, femme qui me plus!

J'attendrai seul dans la vêprée Cette aube où je n'entendrai plus Le vent gémir sur la contrée.

SUITB DB nOUANCKS IO7

ourquoi donc tes baisers rouges parmi les roses,

'a voix m'ensorcelant de paroles d'amour,

on rire qui raillait mes alarmes moroses

t tout ce grand bonheur qui ne dura qu'un jour,

'ui ne dura qu'une heure en le jardin des roses ù je crus, comme un dieu, me consumer d'amour, ans avoir pris souci des automnes moroses ui furent la rançon de cet unique jour?

I08 Ui"<E VOIX DANS LA FOULE

Ah! pourquoi, maintenant que sont mortes les roses, Et que le souvenir même de mon amour Est plus mort que les fleurs et les heures moroses, Pourquoi ce grand bonheur qui ne dura qu'un jour?

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