‹ Une voix dans la fouleChapitre 47 sur 66 · CRAINTE D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

CRAINTE D'AUTOMNE

A Wilhelni Cramer.

Le crépuscule éteint ses pourpres et ses ors. Glissant à peine à pas furtifs parmi les feuilles, La pâle Automne vient, rêveur qui te recueilles, Te murmurer tout bas qu'il est l'heure des morts.

Iras-tu, la suivant dans les vents et la pluie, Jusqu'au bois ténébreux où dorment les marais, Y mirer ton visag'e et tes effrois secrets Avant que l'ombre tombe et que le jour s'enfuie?

Ou, prenant le chemin qui ramène aux maisons Dont les carreaux rougis vont luire sur la plaine, Ecouteras-tu seul, retenant ton haleine, Le chant qui dure encore aux lèvres des Saisons ?

Suivras-tu le conseil des roses de novembre Dont les pétales roux jonchèrent ton jardin, Et que tu sens mourir, en un rêve soudain, Sur le sein de l'amie arrivant dans ta chambre?

Ou, les bras étendus sur l'aire de ton champ Où rien ne verdit plus, hormis la mauvaise herbe, Prieras-tu "^our les g-rains qui deviendront la gerbe Dont le poids fait plier le dos d'un jeune enfant?

Hélas! pauvre rêveur, tu ne saurais que dire ! En la saison douteuse où frissonne le Sort, Tout prépare à la vie et s'apprête à la mort. Ta gaîté veut pleurer et ta tristesse rire.

Il n'est rien de certain dans le monde, sinon Qu'il n'est pas de repos dans la vie éternelle. Tout ce qui fut revient, comme la ritournelle D'une chanson que chante un poète sans nom.

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