‹ Une voix dans la fouleChapitre 49 sur 66 · L'INVITATION AU BONHEUR · texte numérisé non relu

L'INVITATION AU BONHEUR

A Emile Despax.

Voici la mer d'azur aux îles de porphyre

Et les enclos de fleurs où, ce soir, le zéphire

Apaise le murmure enivré des abeilles,

Et les vergers où l'on dépose les corbeilles

Quand le chant du berger qui rentre, flûte aux Icvres,

Se mêle au bêlement des brebis et des chèvres,

Et voici sur le ciel la masse des montagnes

D'où les torrents glacés roulent vers les campagnes,

Baignant les noirs cyprès avant les lauriers roses,

Et les cloches qui font trembler les maisons closes

En rappelant au port les plus lointaines voiles.

Et voici la nuit bleue où tournent les étoiles.

l !•$ CIÎANI.S l>i; lA NATLKK I 77

) toi qui d'un pas dur foulas toutes les routes,

leste en ces lieux et, las, laisse dormir tes doutes

]n écoutant çémir sur les toits ù tourelles,

)ans le hameau voisin, les rauques lourleicllos.

^es flots suivant sans fin les flots sur le rivage

Jerceront de leurs pleurs ton âme trop sauvage.

'rovant que tu t'endors sur le sein de ta mère,

[e crains pas sur ta bouche une saveur amère.

<a brise souffle ici du pays de la fable.

leii^arde l'invisible, écoute l'ineffable.

/âme des dieux anciens habite dans ces îles

|ui vibrèrentjadis du pipeau des idylles.

l'as-tu pas entendu le cri de la sirène

)ont la croupe a heurté quelque rude carène

)ans cette ombre, et qui saiçne en pleurant sur la plage ?

le que tu sens frémir tout bas dans le feuillag^e,

l'est peut-être la joie obscure des dryades

)ui vont boire à la main de leurs sœurs les naïades,

'an siffle au fond des bois, et la danse des faunes

'a bientôt se nouer en ronde autour des aunes,

'out vit, et chaque fleur est l'image du monde,

Irains, en parlant trop haut, que Dieu ne te réponde,

t vr. ViT> l'' ^0'ilir>nr rnT^r^^n xcr^ ]r\ silcncC.

Sur la colline proche un orme se balance. A son abri, l'auberge au toit de tuiles vertes Abandonne au passant ses portes large ouvertes. Mais crois-moi, reste ici parmi les bonnes herbes Dont tu feras ta couche. Arrache-les par gerbes. Choisis le romarin, la lavande et la menthe Dont fleureront tes mains, comme si ton amante Venait de leur livrer toute sa beauté nue. La nuit sur ton sommeil sera la bienvenue. Tes songes seront ceux des gueux et des poètes, Et quand grisolleront au ciel les alouettes, Tu riras au soleil, sentant jusqu'à ton âme Sa flamme te brûler comme un baiser de femme.

L'air rêche du matin fripera tes paupières

Quand tu iras, butant un peu parmi les pierres.

Rafraîchir ton réveil à l'eau de la fontaine

Oui coule en murmurant parmi la marjolaine.

Tes cheveux seront pleins de l'or des feuilles mortes,

Et tout ton corps exhalera les odeurs fortes

De cet automne chaud qui roussit et ravage

Les étoiles du ciel et les fleurs du rivage.

A genoux, le front bas, comme un pauvre qui prie,

Lave tes yeux au clair de la source fleurie.

Page 1