LA LEÇON
A Lucien Rion.
Vallée au torrent clair comme un rire d'enfant, Prés où tintent au loin de mouvantes sonnailles Sous l'œil mi-clos des chiens au soleil se chauflant; Champs éventrés par la charrue où les semailles Brûlant déjà la terre et fendant les sillons Vont bientôt verdoyer aux yeux heureux des hommes ; Vergers où l'on entend, <i la mort des grillons. Sous les vents incertains d'automne choir les pommes ; Vignobles caillouteux où la force du vin
igO UNE VOIX DANS LA FOLLE
Fermente pour l'amour et les tètes futures ; Et vous, coiffés de vert, monts qu'entaille un ravin Par où tout votre sang-, l'eau propice aux cultures, Coule, roulant des rocs ou balançant des fleurs, Vers la plaine où l'on voit, le soir, fumer les fermes; 0 ciel de ce pays, brises, parfums, couleurs. Me voici qui reviens en la saison des germes Vous demander, très las de la grande cité, La leçon du silence et de la solitude.
Terre, ô mère en qui dort toute la vérité, Toi seule tu nous dis, sans fin ni lassitude, La leçon de l'effort à travers les saisons, Depuis le doux printemps où le blé perce à peine Jusqu'à l'hiver où le pain cuit dans les maisons. Tu portes tour à tour, sans amour et sans haine, Ton suaire de neige et ton voile de lys. Tu confonds en la vie et la mort toutes choses, Sans crainte pour demain ni regret pour jadis. Tu caches en ton sein les effets et les causes. De toi-même tu vis, en toi-même tu meurs. Et tous tes éléments, l'air, les eaux et la terre, Cette pluie à l'aurore et ce vent sur les fleurs, Ne pai-aissent aux yeux du penseur solitaire