EXPULSION
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Car l'arc-en-ciel joyeux est le (ils des orages:
Son prisme va briller pour nous!
Et je me livre alors au wagon qui s'élance,
Larmes, ne coulez plus... Ressentiments, silence!... L’exil est un voyage où notre corps se sent,
De relais en relais, plus fort et plus puissant.
Ah ! d’Ulysse imitons la prudence et l’adresse, Quand, essayant de l’arc la corde vengeresse.
Devant tous ses rivaux au sourire moqueur, Frémissant, il disait: « Patience 6 mon coeur! »
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LA JEUNE AVEUGLE
Genève.
On s’étonne que je sois gaie,
Que je chante dès mon réveil, Comme fait l’oiseau sur la haie.
Au premier rayon du soleil.
« Pauvre aveugle! » Ce cri m’arrive Sur tous les tons. En souriant,
A cette note si plaintive Je réponds: « pauvre clairvoyant! •»
J)u ciel où la justice brille L’aveugle est- il déshérité?
Non, non ... De toute ma famille Ne suis-je pas l’enfant gùté ?
Mon frère , pour tous indomptable , Se soumet à ma moindre loi ,
08 LA JEUNE AVEUGLE
Et mon vieux père veut qu’à table Les plus fins morceaux soient pour
J’ai, toute enfant, toute mignonne , Une sœur qui, sur mon chemin , Pour me guider, chère Antigone, Tend vers moi sa petite main.
A ma douleur la plus amère Un bien doux souvenir s’unit:
En remontant au ciel, ma mère, Moi la dernière me bénit.
Non, non. jamais je ne soupire Après les biens que je n'ai pas; C’est par l’intérêt qu’on inspire Que l’on est heureux ici-bas.
Regardez: partout où je passe Les yeux et les cœurs sont distraits On m’ofl’re la meilleure place Pans un salon quand j’y parais.
Pans les jardins un autre charme !
C’est de droit qu’un bras me revicu Et je sens à la moindre alarme Qu’avec tendresse il me soutient.
moi.
Va
LA JEUNE AVEUGLE
tr *a cour dont l’aimable ensemble
îHte du matin au soir,
s "r mes défauts elle semble "'prunter... ma façon de voir.
m’apprit, dans ma nuit profonde, moduler quelques doux sons;
Rf Grisi, si j’en crois le monde, Devrait prendre de mes leçons ;
Quand je fais bégayer les touches Que font parler Listz et Prudent, L’éloge de toutes les bouches Me vient sans un son discordant ;
L’envie elle-même est trompée ,
Car je reçois son compliment,
Sans voir sur sa lèvre crispée La grimace qui le dément.
Plus que vous, je me crois pourvue D’instincts délicats, fins, exquis :
Tout ce que me ravit la vue,
Mes autres sens l’ont reconquis:
Votre ouïe est toujours distraite Par vos yeux, de tout voir jaloux;
LA JEUNE AVEUGLE
Les bruits lointains, tout les arrête Avant qu’ils n’arrivent à vous:
Mais pour notre oreille attentive Rien n’est perdu; nous saisissons, De la terre, gaie ou plaintive,
Les plus délicates chansons.
Bronze ou satin , dentelle ou rose , Je les parcours du bout des doigts, Et lorsque je touche une chose ,
Je puis dire que je la vois;
Oui, je vois!... Le ciel tutélaire Me montre tout dans l’univers,
Je comprends le spectre solaire Par la gamme et ses sons divers.
A l’aveugle pauvre et débile,
Dieu bon ! tu sers d’ange gardien ; L'aumône emplit mieux la sébile Que dans sa gueule porte un chien ;
A l’aveugle riche tu livres Tes mystères, car l’œil d’autrui Lui dit la nature et les livres,
Sans nulle fatigue pour lui.
LA JEUNE AVEUGLE
^^cité ! douce compagne!
niai l’emporte sur le bien :
e st donc jouer à qui perd gagne, ^-otre tout voir et ne voir rien.
■'e ne suis pas riche... qu’importe!
beaucoup ont plus d’or... j’en jouis; Des diamants qu’une autre porte, Mes yeux ne sont pas éblouis.
Des rides la première trace Viendra, mais je l’ignorerai;
Ne pouvant me voir dans la glace, Sans le savoir je vieillirai.
La misère existe et j’avoue En avoir entendu parler;
Mais voilà tout; et je me loue De ne voir pas les pleurs couler.
Des champs de blé qu’un zépliir berce, Si je perds les charmants aspects,
Sur ceux qu’un ouragan renverse Mes yeux clos peuvent rester secs.
Quelle éternelle poésie !
L’univers entier me sourit;
LA JEUNE AVEUGLE
Jamais la coupe d'ambroisie Pour mes lèvres ne se tarit.
Loin que ma paupière baissée Donne à tout l'aspect du tombeau, Chaque objet, vu par ma pensée, S’illumine et se peint en beau:
Le plus malheureux toit de chaume M’apparaît propre et gracieux;
Et d’un temple le moindre dôme,
Pour moi, s’élève jusqu’aux deux.
Les arbres verts jettent plus d’ombre Contre les rigueurs de l’été;
A leurs branches des fruits sans nombre Disent mieux leur fécondité;
Les mers sont couvertes de voiles,
Les jardins de fleurs plus parés,
Le ciel est plus sablé d’étoiles ,
Les épis penchent plus dorés.
Puisque l’on dit qu’à tous les âges,
Même alors que nous sommeillons, Vieux laboureur, sur nos visages Le chagrin trace des sillons ;
la jeune aveugle.
omparant mon sort aux vôtres, lot est beau , je le maintiens :
1 1 Sonore les soucis des autres...
Je puis ne croire qu aux miens.
•lusques à mes heures dernières,
Que Dieu me tenant par la main, lies hommes... comme des ornières, Me préserve donc en chemin !
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