EXPULSION
Bruxelles.
Quel est ce voyageur que la loule accompagne A la gare où le rail s’en va vers l’Allemagne?...
Un prince? Non vraiment, c’est un proscrit français. Sans motifs sérieux, sans débat, sans procès,
La Belgique où cinq ans il sut se rendre utile A ses fiers compagnons — par la voix d’un Edile Qu’il aime encor — lui dit d’aller chercher des cieux. Où des traditions l’on soit moins oublieux :
La Haye où Bayle un jour put enseigner le doute, Genève, sous Calvin, transformée en redoute T Turin où les proscrits du sol italien Avant peu, formeront un fraternel lien.
J’irai, jouet du vent qui me pousse et m'emporte... Car c’est bien moi qui pars... C’est moi que l’on escorte En phalange compacte , au sortir d’un banquet Où des toasts à la France ont servi de bouquet...
Iu4 EXPULSION.
Parmi tous ces proscrits, des Belges ont pris place.. Hommes, femmes, enfants, tout le monde m’embrasse. . . Arrêt d’expulsion tu deviens mon orgueil:
Pour mes amis, ce jour est un vrai jour de deuil !...
Belges, en rappelant mes titres de famille,
Peut-être aurais-je pu placer comme apostille,
Sur une humble requête au pouvoir en émoi,
Quelque fait généreux qui plaiderait pour moi.
J’ai des droits à rester , au moins, un de vos bûtes ;
De vos mers parcourez les périlleuses côtes... Sauveurs de vos marins, tous ces phares-tournants Sont de mon frère aine les bienfaits ravonnants.
Et votre Académie'?... Et votre Observatoire?...
Leur auréole d’or, de sa splendide gloire .N’est-elle pas un peu le lumineux reflet!
Interrogez Plateau .. Parlez Quételet.
Poursuivons... Vous savez l’ardente batterie Qui porta haut l’honneur de votre artillerie,
Quand, au siège d’Anvers, nous combattions pour vous? Eh bien ! celui dont l’œil en dirigeait les coups Et que Chassé trouvait entre tous téméraire,
Belges , de l’expulsé c’était encore un frère.
Voyons, demandez-vous des titres personnels?...
Certc ils seront moins beaux et bien moins solennels... Mais sur leur front on lit: Opéra... Comédie ,
Car ma muse par vous fut souvent applaudie;
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' A °tn resplendit dans un bel écusson, du Parc où trône la chanson, pulsion se jugeait par arbitres,
^ je pourrais exposer d’autres titres \\ • ^ ^ e Ptembre auraient rappelé vos grands jours... \a pendule marche et mes moments sont courts... Ue u\e verra pas , pauvre grillon sous l’herbe, chantant mon départ prendre un rhythme superbe, ^on, mon unique note est un cri de douleur Qui s’enfuit dans l’espace en déchirant mon cœur...
Adieu Labarre, adieu, puisqu’on m’impute à crime D’avoir uni parfois — étranger imprudent —
Mon crayon , coutumier d’une innocente rime,
A ta plume, au bec si mordant!
Adieu, toi, Simonis dont les marbres respirent! Adieu Wirtz et Gallaît, pinceaux pleins de fierté! Potvin, Mathieu, Wacken dont les harpes soupirent Des hymnes à la Liberté !
Adieu, Belges amis que dans mon cœur j'emporte. Vous tous qui m’avez dit, pour bercer mon ennui:
„ Quand le marteau fera tressaillir notre porte * Nous dirons: c’est peut-être lui! »
Adieu proscrits ! L’Espoir me parle par les rages Décos vents déchaînés qui nous dispersent tous,