ROSE ET CAMÉLIA
On l’habille, on la pare ainsi qu’une poupée,
Pour la faire admirer toute une nuit au bal.
Délicieux duvet, doux comme une caresse,
Le satin de la rose est frais sous votre doigt;
Mais du camélia prenez la feuille épaisse;
Son humide contact n’est pas frais, il est froid.
La rose qui se fane a toujours de la grâce;
Regardez l’autre fleur quand son heure a sonné: Chaque ride à son front dessine une crevasse,
C’est le hideux aspect d’une vieille Phryné.
Dieu la fit sans défense et livrée aux caprices De quiconque lui porte un amour passager;
Mais sous son bouclier d’épines protectrices,
La rose offre un trésor doublé par le danger.
Quand le camélia, dans des palais de verres ,
Croît pour les riches seuls de son éclat jaloux,
Pour les plus pauvres gens, dans les plus pauvres terres, A la grâce de Dieu, la rose éclot pour tous !
La rose, bien souvent, d’une charmante bouche,
Pour qu’on l’y recueillît, reçut un doux baiser,
Mais le camélia, quelle lèvre le touche?
Quel message d’amour y vient-on déposer?
HOSE ET CAMÉLIA.
Jenny, de votre fleur la tAche est accomplie, Quand tous les yeux sur elle un soir se sont portés Elle vit, on l’admire; elle meurt, on l’oublie: C’est une fleur de joie aux attraits effrontés.
Voyez, n’est-elle pas comme artificielle?
Tout entière, la mort à nos sens la ravit;
Où sont les souvenirs quelle laisse après elle?
A ses charmes flétris nul parfum ne survit.
De la rose, au contraire, enivrante puissance, L’Ame nous reste, ainsi que d’un objet aimé Le pieux souvenir; et de sa pure essence Longtemps autour de nous l’espace est embaumé.
D’une de ces deux fleurs, vous l’image parlante, Bel oiseau de passage aux champs de l’infini ,
Du ciel bleu des amours vive étoile filante,
Je comprends votre choix, Camélia-Jenny.
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NICE
A MES FRÈRES d’eXII..
A l’heure matinale où, de l’homme h l’abeille,
Pour le travail du jour chaque être se réveille;
A rheureoù,danslesbois,surlesmonts,dansleschamps, Les oiseaux amoureux jettent leurs premiers chants;
A l’heure où le soleil pointe comme une gerbe Et lance ses rayons qui vont mourir sur l’herbe,
Nice, je t’aperçois au fond de l’horizon.
Juillet n’est point pour toi la brillante saison;
C’est lorsque sous les pieds, ailleurs, craque le givre , Que sur ton chaud terrain les nababs viennent vivre. Pourquoi scinder l’année? Au solstice d’été Ce pays a le droit d’être encore fêté.
Où donc respirer mieux cette brise marine Qui rafraîchit la lèvre et l’ardente narine?
Même aux jours les plus chauds, des aquilons fréquents Chassent du sein gonflé les spasmes suffoquants,
Et l’électricité dont la nue est chargée Se brise aux arbres verts d’une terre ombragée.
NICE
Mais est-ce tout cela qu’ici je viens chercher?
Oh! c’est bien mieux... mon cœur tend à se rapprocher Du cœur de cent proscrits jetés sur ce rivage;
Je veux presser leurs mains dans mon pèlerinage,
Et dire à ces vaillants — épaves du Midi — :
« A votre dévouement j’ai de loin applaudi ;
« Frères, le même accent dans nos bouches résonne,
« Notre pays natal, la même eau l’emprisonne,
« Bas- Alpins, fils du Var, de l’Hérault, Provençaux,
<< La même étoile au ciel brilla sur nos berceaux.
« Et puis, vous le savez , les hordes policières « Me font dire : salut ! à toutes nos frontières.
« Après avoir, debout sur le rivage anglais,
• Trouvé, lunette en main, le phare de Calais;
« Après avoir tourné, — promenade anarchique —
« La borne de Quiévrain, frontière de Belgique;
« Après avoir, du haut des crêtes du Jura,
« Cherché le Saut du Doubs que mon œil mesura;
« Après avoir suivi la sinueuse voie « Qui des gorges de l’Ain sépare la Savoie,
« Je viens, je viens toucher, tout au moins du regard,
» La frontière française où serpente le Var;
« Je veux voir de mes yeux si cette mer profonde,
« Au cadastre soumise, a fait deux parts de l’onde;
« Si d’une et d’autre part, chaque flot, en mourant,
« Pousse son long soupir d’un accent différent;
» Et si, brisée en deux, la vague se replie,
« Disant: Voici la France, et voici l’Italie,
NICE. 161
« Comme font trop souvent Français, Italiens ,
« Dont l’orgueil malheureux desserre les liens. »
Mais du Dante qui file a retenti la cloche ;
Le port qui sommeillait s’anime à notre approche :
Le golfe tout entier se dessine à mes yeux,
Vaste, bien découvert, splendide, gracieux';
Et devant son bassin , Nice qui se prélasse,
Le regarde du haut de sa double terrasse.
Derrière ses maisons, voyez, c’est un verger;
La figue ici, mûrit, là fleurit l’oranger,
Et la vigne aux ormeaux mêle sa large feuille;
Là les fruits se courbant sous la main qui les cueille. Tant aux branches ils sont en chapelets pressés , Semblent dire aux passants: « Prenez et choisissez. » Au sein des massifs verts et des touffes ombreuses,
Des clochers se font voir et des villas nombreuses, Peintes de bas en haut de riantes couleurs. ..
A quoi bon?... Sur ces murs laissez grimper vos fleurs !
La plaine conduit l’œil à des collines vertes,
De sombres caroubiers et d’oliviers couvertes.
Quelle richesse encor! encor quelle beauté !
Mais, plus loin, mon regard , malgré moi, s’est porté Sur ces monts, du tableau perspective dernière;
Leur masse nage au sein d’une douce lumière,
Leur sommet se dessine en scintillants galons...
— Tais-toi, mon cœur! — Ce sont lespremiers échelons
NICE
Des Alpes... Et là-bas la terre qui s’avance ,
Comme pour conquérir la mer... C’est la Provence ! — Oh ! de tes mouvements modère le transport, Sang du Midi ! —
Le Dante est entré dans le port.
A peine débarqué , je cherche dans la ville Ces Français à qui Nice ouvrit un champ d’asile...
Je les ai reconnus... ma main presse leur main.
— « De la frontière, amis, montrez-moi le chemin. »
— « Déjà! mais la fatigue? » — « Eh ! je suis fils d’Antée; « La force de mon corps sera vite augmentée. . .
« Faites-moi seulement toucher terre là-bas! »
— « Soit. . . voici le chemin . . . nous ne l’oublions pas ! » Comme j’aime leur air , leurs figures cuivrées ,
Leurs gestes expressifs, leurs phrases colorées !
Nous rions. . . et des pleurs arrivent à nos cils!
Nous parlons. . . et de quoi les proscrits parlent-ils !... De nos jours , de nos nuits , la patrie est le rêve. . .
Qu’un bonheur l’interrompe, une peine l’achève !
La Patrie est pour nous le plus puissant lien Et l’objet le plus cher aussi... Le citoyen Doit être, pour rester au grand devoir fidèle,
Prêt à tout entreprendre, à tout souffrir pour elle. Qu’elle ait des jours de deuil ou des jours triomphants, On lui doit tout: repos, fortune, femme, enfants, Gloire que l’on poursuit, amour qui nous enchaîne, Môme les sentiments de vengeance et de haine