‹ Une voix de l'exilChapitre 66 sur 86 · LES LEUX MUSES · texte numérisé non relu

LES LEUX MUSES

Réponse a un sonnet de madame Jdaneini, auteur dînes de Castro tragéüe, et d'un grand nombre de poésies politiques

d'un grand mérite.

Turin.

Comme si l’art n’était qu’une chose futile Et le poète un simple amuseur de badauds, Jadis on fit la muse une beauté stérile Dont le sein repoussait les maternels fardeaux

On lui faisait cueillir dans sa course frivole, L'anémone, le lis, des gerbes de bouquets;

On lui faisait chasser le papillon qui vole;

Elle présidait même aux féminins caquets.

Dieu loin de se montrer honteuse et désolée,

A Home, elle sourit sous un vert oranger, Quand Horace, surpris dans l’ardente mêlée , Jeta son bouclier pour s’enfuir plus léger.

I8ii LES DEUX MUSES.

Aima-t-elle à chanter l'infortune subie Par Gracclms ou Caton? Dit-elle leurs douleurs?. . . Fort peu... mais elle allait sur l’oiseau de Lesbie Verser a\ec amour des parfums et des pleurs.

Même en Grèce où sa voix aux plus futiles choses A prêté tant de charme, on la vit rarement Uuitter d'Anacréon les coupes et les roses,

Pour donner à Tyrtée un chaud embrassement.

Des grands exils ses yeux n’y furent point humides, Alors quelle pleurait tous les vers de Sapho;

Et laissant Anitus au fouet des Euménides,

A Socrate mourant sa lyre fit défaut.

Aussi Platon voulait que de sa République La muse fût bannie... Une mâle lierté Lui faisait repousser — dans un sens symbolique Toute inutile voix, toute infécondité.

Mais l’art change de but quand le monde progresse : La muse transformée, à mon œil enchanté S’est montrée... et jamais ni Rome ni la Grèce Ne lui virent au front autant de majesté.

C’est quelle est devenue une femme féconde,

Aux grâces, aux vertus donnant de chastes sœurs.

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