‹ Une voix de l'exilChapitre 74 sur 86 · I.ÊUEVDE ROUSSII.l.OXTAISE · texte numérisé non relu

I.ÊUEVDE ROUSSII.l.OXTAISE

Chambéry.

Tendres marguerites des champs,

Lie toutes les fleurs que l’on cueille, Vos attraits sont les plus touchants, Et c’est vous seules qu’on effeuille !

Poses, quand vous vous balancez, Gracieuses , sur votre tige ,

Prés des bosquets où vous croissez Votre odeur donne un doux vertige ; Vous vous fanez avec lenteur ;

Et de vos feuilles qu’on exprime S’échappe une eau dont la senteur Garde votre parfum sublime.

Tendres marguerites des champs, etc.

LES MARGUERITES

Belles tulipes des jardins,

Vous avez le port d’une reine ;

.Malgré vos superbes dédains Votre beauté séduit, entraîne;

Puis , quand un soir froid et brumeux Penche votre front et vous glace ,

Dans les herbiers les plus fameux Vous prenez la meilleure place.

Tendres marguerites des champs, etc.

Dans les bois voyez se cacher La violette à l’air timide ;

C'est pour qu'on aille la chercher Sous l’herbe de rosée humide;

En se tenant seule, à l’écart,

Eclate sa coquetterie ;

Mais vous, c’est sans voile et sans art Que vous émaillez la prairie.

Tendres marguerites des champs, etc,

Jamais votre front virginal Ne se montre au milieu des fêtes, Quand vos sœurs, aux bouquets de bal Prêtent leurs corolles coquettes;

Leurs couleurs ont beau se ternir Dans ces bals dont le feu dévore ;

LES MARGUERITES

V Mus d’un jour, comme un souvenir, Klles y survivent encore.

Tendres marguerites des champs, etc

N'allez pas vous enorgueillir Si quelqu’un dont le cœur palpite, Se baisse, hélas ! pour vous cueillir; C’est une épreuve qu’il médite:

Vous servez aux tendres essais ,

Sur vos pétales on s’exerce ;

Et, qu’on perde ou non son procès, En vingt lambeaux on vous disperse.

Tendres marguerites des champs, etc

Ainsi chantait le long du bois Marguerite la pastourelle ;

Et, guidé par sa douce voix,

Un beau page accourut près d’elle.

« Belle enfant, » dit le séducteur ,

« De te voir j’ai l’âme ravie;

*« A mon âge on n’est pas menteur...

« Je t’aimerai toute la vie. . ! *

LES MARGUERITES

Le fripon s'était fait bannir D’un castel où sa folle ivresse A dix beautés osait tenir Propos d'amoureuse tendresse;

Mais, sachant leur cœur ombrageux, Il veut piquer leur jalousie ;

Et pour le plus cruel des jeux La pastourelle fut choisie.

Près du Castel où , dans l’ennui Chaque noble dame est plongée,

Le trompeur l’amène... et par lui .Marguerite est interrogée.

Elle se livre imprudemment...

(Quelle autre est prudente à son âge?) Et répond; « Passionnément ! »

Aux questions du jeune page.

Des tourrelles du vieux manoir, Dans le pré vert qui l’environne,

Les châtelaines ont pu voir De l'enfant tomber la couronne...

Le page alors rentre en vainqueur Près d’elles, sans que rien l’émeuve, En déchirant le jeune cœur Qui servit à sa dure épreuve.

LES MARGUERITES

Peu de jours après, chevauchait, Au milieu de dix damoiselles,

Le beau page qui se penchait, Coquetant vers chacune d’elles... Tout-à-coup un pauvre cercueil Passe devant leurs haquenées...

On voyait sur le drap du deuil Quelques marguerites fanées...

Tendres marguerites des champs , De toutes les fleurs que Ton cueille, Vos attraits sont les plus touchants, Et c’est vous seules qu’on effeuille !

LES FEMMES DE L’EXIL

A M">' GUITEH.

Chambéry.

Si de palmes bien légitimes ,

Vaillants et chers proscrits, j’ai décoré vos mains, J’en dois plus aux femmes sublimes Qui , de l’exil . pour vous , ont battu les chemins.

Comme un joaillier qui se penche Pour reconnaître avec un soin minutieux

Combien vaut chaque perle blanche,

Je veux marquer le prix des larmes de leurs yeux ;

Car, dans leurs terreurs journalières.

Devant un avenir à leurs regards obscur,

J’ai vu, sous leurs chaudes paupières ,

Perler bien des yeux noirs et bien des yeux d’azur...

J’admire fermes à leur poste,

Ces colombes d’amour qui, volontairement,

LES FEMMES DE L’EXIL

Vinrent s’offrir en holocauste,

En ayant un seul mot dans le cœur «dévouement ! »

Des partis les ardentes fièvres Ont rarement brûlé leur sang artériel;

Cependant, hélas! pour leurs lèvres La coupe où nous buvons leur garde plus de fiel.

L’homme sait arranger sa vie Selon tous les pays et selon leur esprit ;

La femme à son foyer ravie,

Aux mœurs des étrangers se heurte et se meurtrit.

L’homme n’a pas, comme la femme,

A subir d’heure en heure, en leurs communs malheurs,

Certaines épreuves de l’âme Qui de l’exil, pour elle, augmentent les douleurs:

Ici c’est la chère habitude D’un soin intérieur, d’un détail usager;

Là c’est la sombre inquiétude,

Préoccupation du boire et du manger.

« Demain des lois que l’on redoute « A des exils lointains peuvent nous condamner, »

Dit-elle... « Aux bornes de la route « Notre dernier argent va-t-il donc s’égrener?...

LES FEMMES DE L’EXIL. 225

« Demain aurai-je pour leur bouche * Du pain? » dit-elle encore en berçant ses enfants;

Et sur sa rude et triste couche Descendent chaque nuit des rêves étouffants.

Oui, comme épouse et comme mère,

Ne voyant rien briller aux profonds horizons,

Elle craint voyage et misère ,

Cette pluie et ce froid de toutes les saisons.

Nobles femmes qu’on croit légères!

Uuand la piété sainte à nous les réunit,

Rien sur des terres étrangères Ne peut les décider à rebâtir leur nid.

Du culte grossier des fétiches Je ne leur porte pas l’encens vil ou moqueur;

Mais je les vois, pauvres et riches,

Dans leur commun élan, s’inspirer d’un seul cœur.

Chacune, au retour incitée,

Rêve son beau domaine... ou son champ de maïs,

Car leur belle âme est aimantée,

Plus que la nôtre encor, par l’amour du pays.

Pourtant ces fidèles compagnes Affrontèrent pour nous fatigues et trépas;

LES FEMMES DE L’EXIL

Vaste océan, hautes montagnes,

Rien n'effraya leurs yeux, rien n’arréta leurs pas.

Filles d’Ève , au serpent rebelles ,

Sirènes abdiquant leur vieille mission ,

A notre oreille aucune d'elles N’a glissé lentement le mot soumission!

Arbrisseaux à la douce écorce ,

Plus d’un cœur sous leur ombre à nous s’est converti;

Sans cesser d’en être une force,

Files sont en tous lieux la grâce du parti.

Telle l’on voit la violette,

Des rêves douloureux chaste et modeste Heur ,

Parfumer le sein qui lui prête Son bienfaisant asile et sa douce chaleur;

Telle, au milieu de sa souffrance,

La femme du proscrit, fleur suave d’amour.

Répand un parfum de la France Sur le sol qui lui fut hospitalier un jour.

Trois fois honneur à ces vaillantes !

Respect à ces vertus qui nous font estimer!

Gloire à ces étoiles brillantes !

Amour à ces cœurs d’or qui nous ont fait aimer !

ÉPITHALAME

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