‹ Une volée de merlesChapitre 20 sur 53 · G A VA KM · texte numérisé non relu

G A VA KM

Le temps est à l'orage, et le baromètre au beau fixe.

LA VIGIE

Ici, c'est un bien autre tableau : les spectateurs ont le visage baigné de larmes; voilà qui parle en leur faveur, maître.

GAVARNI

Jamais on n'a autant pleuré que depuis qu'on est si peu sensible.

LA VIGIE

Être habile au jeu de Colin-Maillard de la Bourse, c'est porter le bandeau en sautoir. Dans le journalisme, être habile, c'est appeler les lecteurs « mes pratiques » : le style de l'écrivain trahit l'enrouement chronique de l'homme. Être habile, c'est aussi en même lieu, dans les brûle-parfums officieux, renouveler d'une main pieuse la myrrhe et le cinnamone.

GAVARNI

Des aromates hors de prix.

LA VIGIE

Quels originaux! Ils s'intéressent à un rustre et tentent de le décrasser. A quoi bon ce travail surhumain? Le dorer vaudrait mieux; ils auraient un millionnaire de plus...

GAVA RM.

Auraient-ils un rustre de moins?

LA VIGIE

On pourrait croire quils ont enlenJu mon conseil; notre homme fait partie de la noblesse d'écus... Chez lui tout est marqué à son chilTre : un million. Nouvelle joie : le vieux satyre épouse une jeune vierge.

84 GAVARNI

GAVARNI

Garde à luil 11 est mauvais d'avoir une exlinclion do voix un jour de première représenlalion !

LA VIGIE

Le drôle n'est pas content de son sort: il gémit amèrement de n'avoir qu'amour banal pour son argent.

GAVARNI

De quoi se plaint-il? C'est l'intérêt légal.

LA VIGIE

Que d'êtres incomplets ! Les trois quarts sont dans la position de John, l'ancien coureur, trop lourd pour la selle, trop fluet pour le siège. — Ah! maître, j'entends des femmes prononcer votre nom; elles vous reprochent d'avoir dévoilé leurs fourberies.

GAVARNI

Bast ! elles ont un répertoire varié, et quand la mémoire leur manque, elles improvisent.

LA VIGIE

Je vois des drôlesses tenir le haut du pavé; fouettezles en place publique...

GAVARNI

Point. La galerie prendrait goût au spectacle,

LA VIGIE

C'est un pays où l'intelligence est appréciée; on y honore noblement le génie... Que vois-je! Des impuissants jettent des pierres aux statues! Maître, maître! ne les fustigerez-vous pas ?

PIOPiENTINO

M. Fiorentino est à la tête du régiment des critiques, non à titre de colonel, détrompons-le, mais comme simple tambour-major : c'est lui qui règle les ra et les (La, les aubades et les charivaris. Voyez les plus brillants équipages, les maîtres eux-mêmes les conduisent, c'est la mode. Dans le monde littéraire, ce ne sont pas, on le voit, les maîtres qui tiennent les rênes; ce n'est pas la mode, il paraît.

Écoutez M. de Rovray patiemment, M. Fiorentino sans dédain, et dites s'il est vraisemblable qu'ils aient eu tous deux la même marraine.

Colui-ci s'entretient avec les vivants, celui-là con-

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