A CARLO MODES
Monselet; elles n'ont pas d'esprit, cela gène pour faire fortune.
Le musicien du théâtre me remit, en échange de quelques sous, un petit papier, grâce auquel me furent révélées mes destinées : « Vous aimez une brune qui vous dédaigne, et vous fuyez une blonde qui vous recherche; vous avez des procès, de faux amis, etc., etc. î Pour tous, c'était la même bonne aventure, et à tous cela s'appliquait à merveille, ce que j'admirai fort.
Voulant agir en conscience, je me suis bien gardé de manquer d'assister aux Massacres de Syrie; j'ai revu avec une certaine froideur les personnages de la pièce de MM. Mocquard et Séjour ; mais au moins ici le drame est devenu mimodrame; la prose des auteurs a été supprimée; on me croira aisément quand je dirai que l'œuvre n'en souffre pas sensiblement.
Je n'ai pu accorder qu'un coup d'œil furtif à la belle géante « honorée des suffrages de plusieurs cours étrangères, » sollicité que j'étais par l'heureux propriétaire de la galerie des grands hommes de cire. La curiosité publique se porte-t-elle sur un nouveau personnage, notre fin compère cherche au plus tôt dans sa collection un « sujet » ayant quelque trait de ressemblance avec le héros du jour. C'est ainsi que
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j'ai VU un vaillant turco représenter avec quelque succès Garibaldi ; un zouave de retour d'Italie figurer avec assez de bonheur Victor-Emmanuel, et un farouche Kalmouclv sous les traits du Czar. Ici, c'est l'habit qui fait le moine.
Je n'ai, je l'avoue, prêté qu'une oreille distraite aux détails historiques qui m'étaient fournis; j'avais hâte de contempler dans toute leur gloire les hercules du nord, dont j'avais entrevu les formes viriles.
C'est à peine, tant mon impatience était grande, si j'ai regardé en passant l'ours et son nègre; je les prie de vouloir bien agréer mes excuses.
Enfin, je suis installé sur une banquette (premier rang)... Les athlètes font leur entrée... Quelle large carrure î quelle noble prestance 1 D'honneur, si nous sommes des hommes, ce sont là des demi-dieux.
J'ai vu ces artistes à l'œuvre.
Ils paraissent ignorer l'histoire des Alcides, leurs ancêtres naturels, et ne semblent pas se soucier de la tradition. Leurs exercices, sans avoir la grandeur épique des travaux de leurs aînés, m'ont impressionné vivement.
Bambochinet, le comique de la troupe, était venu s'asseoir à mes côtés, comme un simple spectateur, et j'ai pu obtenir de lui d'intéressants renseignements sur les premiers sujets.
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Celui-ci a enfoncé deux côtes, paraît-il, à l'immortel Torgnoli, dit Ventre à tous Grains ; cet autre s'enorgueillit, avec justice, d'avoir cassé un bras à l'illustre Pandour, dit le Levier (T Archimède ; eiï' fin, le petit Rabasson, de terrible mémoire, a été étouffé en pleine arène de Nîmes par un jeune gars qui se cache modestement derrière ses camarades.
Je n'avais donc pas été trompé par les promesses du paradiste, j'avais bien devant moi de véritables célébrités.
Notons qu'après s'être revêtus de leur vareuse à poil et avoir roulé un foulard rouge autour de leur cou musclé, ces braves sont tout à fait en état de figurer dignement en tous lieux.
Grâce à l'obligeante intervention de Bambochinel, j'eus l'honneur de leur être présenté, et je dois dire, à leur louange, que ces éclatants avantages naturels ne les rendent pas fiers comme on pourrait le croire. J'ai offert une pièce de monnaie à ces messieurs, pour boire à la santé, — bien compromise, hélas! — de leurs futurs adversaires. Ils ont accepté sans se faire prier.
J'avais décidément conquis Bambochinet; il me parut très-fâché de ne pouvoir me faire connaître un sien cousin dont il me vanta beaucoup la douceur de caractère; ce cousin avale les lames de sabre avec une grâce parfaite. Je crus devoir m'as-