LE DOCTEUR CHEVILLARD
Le pauvre diable n'a pas de clientèle fixe, on a seulement recours à lui dans les cas pressants ; il doit à l'apoplexie les trois quarts de ses clients. Une saignée immédiate est urgente, Chevillard est sous la main ; — on est sûr de le trouver à toute heure chez lui ; on n'a pas le temps d'attendre un praticien accrédité : Chevillard est mandé.
Plein de joie, il accourt; mais ou ne lui cache pas le motif auquel il doit cet honneur de donner des soins à un de ses semblables; on ne croit pas à sa
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science et l'on n'en fait pas mystère; il entend discuter ses drogues et suspecter son latin.
Il ne peut conserver aucune douce illusion ; les plus franches paroles frappent son oreille. « On le consulte en attendant l'arrivée du savant X..., que l'on a fait prévenir en toute hâte, » et Chevillard, tout en auscultant en conscience le malade, entend murmurer : « Que le célèbre X... n'est-il icil... c'est un si habile homme... lui! »
Enfin le sauveur paraît, les visages se rassérènent. On va croire que Chevillard a lamine d'un braconnier surpris sur les terres du seigneur et maître. Erreur! Chevillard est impassible. L'illustre X... fronce les sourcils ; — sa place au chevet est occupée, il donne sa présence comme inutile, il parle de se retirer. — Chevillard prend une pose des plus humbles... par la porte entre-bâillée, il se glisse jusqu'à l'antichambre, et s'esquive prestement, mais pas assez vite cependant pour n'entendre pas son confrère, irrité, s'écrier : « Un quart d'heure plus tard et tout était fini; jetez au feu ce breuvage, déchirez cette ordonnance; vit-on jamais pareil ignorant ! »
Mais pour une épreuve de ce genre, combien d'heures fortunées !
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