‹ Une volée de merlesChapitre 38 sur 53 · CHEVILLARD YERT-GALANT · texte numérisé non relu

CHEVILLARD YERT-GALANT

Obscur soupirant de la dame de ses pensées, il a un modeste rôle dans la comédie de l'amour qui se joue sous les yeux de la femme aimée. II passe à peu près inaperçu; jamais son nom n'est en vedette, mais il ne perd pas courage cependant. Cheviliard n'est ni très-spirituel ni très-joli, pour son malheur; mais, en revanche, il n'est ni très-sot ni très-laid; il a, de plus, la science rare de se mettre en avant quand il le doit, et de s'efTacor à propos.

Cheviliard est un rival dangereux, car il ne porte ombrage à personne; on ne le choie nulle part, c'est vrai, mais on le supporte partout.

Il fait son chemin à la sourdine. C'est d'un air distrait qu'on écoute ses doux propos; il a le privilège de pouvoir s'emparer d'une main blanche sans que l'on songe à s'en fâcher : Cheviliard n'est pas comprometlant.

C'est un homme précieux. A-t-on besoin d'un quatrième au whist, Cheviliard s'offre aussitôt; une intrépide danseuse a-t-elle fourbu quatre valseurs, Cheviliard se dévoue en souriant. Il sait juste assez bien loucher du piano pour accompagner à contretemps quelque langoureuse romance.

LA FAMILLE CHEVILLARU. 169

Tant de qualités méritent une récompense.

Celle que son cœur aime rebute un homme d'esprit et congédie un homme de cœur pour l'amour d'un fat qui la dédaigne. Chevillard suit le manège du coin de l'œil. Sa fidélité va recevoir sa récompense : il se trouve là juste à propos pour faire tourner à son profit le dépit de la dame. Dénoùment ordinaire des romanesques aventures.

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