AÜtovôpos, qui se gouverne par ses propres lois
fois répétées, en viendra certainement à reconnaître que, pour être fort loin des mammifères et des oiseaux, ces êtres à organisation simplifiée n’en possèdent pas moins jusqu'à un certain point la conscience de leur individu et la connaissance du monde extérieur; qu'ils saisissent certains rapports entre ces deux termes; qu'ils modifient leur volonté et coordonnent leurs mouvements en vertu de ces rapports. Or saisir des rapports, en tirer une conséquence qui se traduit par des actes, c'est évidemment raisonner. — I] serait facile de citer bien d’autres phénomènes de même nature, tous étrangers aux végétaux, tous propres au règne qui nous occupe; mais ce n'est pas le moment d'aborder la grande question de l’intelligence des animaux: il suffit d’avoir rappelé que jusque chez les plus dégradés, aussi longtemps que par leur taille et leur nature ils se prêtent à l'observation, à l’expérience, on retrouve la trace des facultés fondamentales dont l’ensemble constitue l'intelligence humaine elle-même.
Ces facultés fondamentales sont bien distinctes, et c’est avec raison qu'elles portent des noms différents. Suit-1l de là que dans tout animal chacune d'elles se rattache à une cause distincte ? Il nous répugnerait de le croire. — Lorsqu'il s’agit des manifestations de l'un de ces petits mondes que nous appelons un individu, bien plus encore que quand il s'agissait des forces physico-chimiques générales, l'esprit éprouve le besoin de remonter à quelque chose qui soit en harmonie avec cette unité. Il aime à reporter à une cause unique tous ces actes spontanés qui se prêtent un appui mutuel et concourent presque constamment
au même but; mais quelle sera cette cause, et quel nom lui donnerons-nous? D’autres ont essayé de répondre à ces questions. On a beaucoup écrit sur l’éme des bêtes; on a cherché à en expliquer la nature et le mode d'action. Nous ne serons pas si hardi. Là où l’expérience etl’observation font défaut, nous croyons toujours devoir nous arrêter. Il suffit d’avoir montré que si l’on a séparé l’animal du végétal, c’est que chez lui se manifeste un ensemble de faits dont rien n'avait pu donner une idée ni chez les plantes, ni dans les groupes précédents, qu’il y a chez eux quelque chose de fondamentalement caractéristique.
De ce qui précède, il résulte que les naturalistes n'ont pas fondé les premières divisions de la nature sur la composition chimique , car le règne minéral comprend tous les corps simples connus et toutes leurs combinaisons inorganiques ; — qu’ils n’ont pas tenu compte davantage de l’état moléculaire, car ce même règne minéral renferme des corps solides, liquides et gazeux.—Entraînés par la force des choses, sciemment ou sans bien s’en rendre compte, ils se sont adressés à ce que les corps, les êtres, ont de plus général, de plus absolu dans leur nature, dans leurs rapports avec la création. Or, en procédant du simple au composé, en s'élevant des corps bruts à l’animal, on voit apparaître à chaque empire, à chaque règne, tout un ensemble de faits, tout un ordre de phénomènes complétementétranger aux groupes inférieurs, mais qui se retrouve dans les groupes supérieurs. Là est évidemment le caractère essentiel de ces grandes divisions primordiales. Ce résultat, indépendant de toutes les hypothèses qui ont pu guider ceux qui l’ont
proclamé, reçoit chaque jour la sanction de l’observation et de l’expérience. Voilà pourquoi les siècles l'ont respecté et pourquoi la science moderne avec toutes ses ressources nouvelles, n’a en définitive qu’à le confirmer ‘..
1. Les trois règnes minéral, végétal et animal sont à peu près universellement admis par les naturalistes. Le règne sidéral est moins généralement accepté. Le règne humain, dont nous allons nous occuper, a compté dans le passé et compte encore aujourd’hui plusieurs partisans. Indépendamment de ces cinq groupes plus ou moins universellement reconnus, quelques naturalistes ont proposé d’autres divisions du même ordre, en se fondant sur des considérations de nature très-diverse; mais la plupart de ces conceptions n’ont guère été admises que par leurs auteurs, qui parfois même les ont abandonnées plus tard. On trouvera dans le tome second.de l’ouvrage déjà cité de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire un excellent résumé historique de cette partie de la science etune discussion approfondie de la plupart des questions qu’elle soulève.