‹ Unité de l'espèce humaineChapitre 21 sur 66 · MILIEU · texte numérisé non relu

MILIEU

quences fatales indiquées plus haut. — La religion fait doncaussi partie du milieuetcontribueparfois pourune part considérable à la formation des races humaines.

Ainsi compris le milieu est quelque chose de trèscomplexe sans doute, et il arrive souvent que nous ne pouvons en distinguer tous les éléments. Souvent aussi l’action que ceux-ci exercent est tellement indirecte que, même lorsque nous sommes certains de leur existence, nous méconnaissons leur influence, et que les relations de cause à effet nous échappent. Enfin, tous les éléments du milieu agissant à la fois, leur action se traduit nécessairement par une résultante très-composée, et il est presque toujours impossible d’attribuer à chacun la part exacte qui lui revient dans l’effet total. Ge n’est guère que lorsque lun de ces éléments prédomine d’une manière marquée qu’on peut remonter jusqu'à lui. Il est alors possible parfois d'interpréter les phénomènes en s'appuyant sur les lois de la physiologie et de rattacher les effets aux causes. Ces lois font comprendre, par exemple, pourquoi le pelage des animaux devient plus fourni dans les pays froids, plus rare dans les pays chauds. Néanmoins, à côté de ces faits qu’elle éclaire, la physiologie en rencontre beaucoup d’autres qu’elle ne saurait expliquer. Les nierons-nous pour cela ? Ce serait agir d’une manière peu scientifique. Notre devoir est de les recueillir, de les enregistrer, et de compter sur l'avenir pour suppléer à notre ignorance. Contentons-nous pour le moment de reconnaître que l'influence du milieu n’est pas niable, et que, par son mode d’action général, elle rentre dans les limites de notre savoir actuel.

En effet, tout individu, pour pouvoir pleinement se développer, doit être en harmonie complète avec les conditions d'existence, avec le milieu où il vit; toute espèce, pour se propager et s'étendre, doit satisfaire à la même exigence. Du moindre désaccord entre ces deux termes résulte la souffrance pour l’individu, l’amoindrissement pour l’espèce. Bien que souffrant dans certaine limite, l'individu peut fournir sa Carrière à peu près entière ; mais les effets du désaccord s’accumulant à chaque génération et s’aggravant par le fait de l’hérédité, comme on le verra plus tard, l’espèce ne saurait-durer indéfiniment dans un milieu qui lui serait même très-peu contraire. Il en serait d’elle comme du rocher que finit par percer la chute incessante de faibles gouttes d’eau. — Si l’espèce était absolument invariable, elle périrait nécessairement dans cette lutte prolongée, où la puissance des conditions défavorables grandirait de toutes ses pertes et de sa faiblesse croissante. — Lors donc qu’une circonstance quelconque aura produit le désaccord dont il est ici question, il faudra nécessairement, ou que l’espèce disparaisse au bout d’un temps donné, ou que l’harmonie se rétablisse. Les modifications que suppose cette dernière alternative porteront ordinairement sur l'espèce, qui, variable comme on l’a vu, réagira pour s’accommoder à des conditions nouvelles. — Voilà comment dans une multitude de circonstances se formeront Les races dont nous allons nous occuper.

Se

Des races sauvages, domestiques et marronnes chez les végétaux et les animaux.

I. Races sauvages ou naturelles. — L'existence des races sauvages parmi les végétaux comme parmi les animaux a été niée par quelques partisans exagérés de la fixité de l’espèce. IL est en effet difficile de rester sur le terrain de l’immutabilité absolue, tout en reconnaissant que des conditions , normales d’ailleurs, suffisent pour établir entre les représentants d'un même type spécifique des différences parfois très-grandes se transmettant par voie d’hérédité. D'autre part, l'existence de ces races est très-im- : portante à constater. À elle seule elle met sur la voie de bien des difficultés, tout en donnant les moyens de les résoudre; elle n’est pas d’ailleurs difficile à démontrer. |

Pour se convaincre qu'il existe des races naturelles végétales, il suffit de tenir compte des faits généraux. À chaque instant, les botanistes ont à reviser

leurs catalogues d’espèces; à chaque instant, entre deux plantes fort dissemblables d’aspect et regardées jusque-là comme parfaitement séparées, ils en découvrent de nouvelles qui passent de l’une à l’autre par des nuances tellement insensibles qu’il devient impossible de les distinguer, qu’il faut englober sous le même nom spécifique non-seulement les deux extrêmes primitivement reconnus, mais encore tous les intermédiaires venant combler entre eux une lacune qui n’était qu'apparente. — Extrêmes et intermédiaires se propagent d’ailleurs également, et transmettent à leurs descendants leurs caractères distinctifs. — Considéré isolément, chacun d’eux peut être pris à juste titre pour une espèce; le rapprochement seul montre qu’il n’y a là que des races. Souvent aussi la distinction est difficile, et l’explorateur le plus exercé en est réduit à une incertitude pénible. Ces faits, qui se multiplient chaque jour davantage à mesure que la science se complète et s’éclaire, à mesure que l’on connaît mieux un plus grand nombre de flores, ont fini par jeter les botanistes dans une véritable anxiété, dont M. le comte Jaubert s’est fait l'interprète dans une occasion solennelle !, et que partagent tous ceux qui ont sérieusement étudié cette question.

Citons ici quelques exemples ; je les emprunte à une note qu'a bien voulu me remettre mon confrère à l’Institut, mon collègue au Muséum, M. Decaisne. Depuis longtemps préoccupé de tout ce qui touche à la question de l’espèce, ayant fait lui-même et vu

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