CHAPITRE XVI. — DU CROISEMENT, ETC
seule espèce; les groupes qu'on y reconnaît ne sont que des races de cette espèce.
Telle est la conclusion à laquelle conduisent, non pas une théorie, non pas une idée préconçue, non pas un dogme, mais uniquement l'observation et l'expérience scientifiques appliquées à l’étude de l’homme comme on les applique à l'étude des autres êtres vivants; non pas l'observation s’exerçant depuis quelques années sur un petit nombre de faits isolés, l'expérience portant sur quelques générations d'animaux ou de végétaux, mais l’observation et l'expérience agissant depuis des siècles, embrassant toutes les espèces animales ou végétales soumises à l’action de l’homme pour conclure d’elles à lui.
Si la méthode est juste, s’il n’y a réellement, comme nous le pensons, qu’une seule physiologie générale soumettant aux mêmes lois tous les êtres organisés, ÿ n'existe qu'une seule espèce d'hommes.
Pour soutenir qu'il existe plusieurs espèces d'hommes, il faut admettre que les espèces humaines sont régies par une physiologie à part, étrangère aux végétaux et aux animaux, se manifestant dans une foule de circonstances et surtout dans les phénomènes de la reproduction, c’est-à-dire dans ceux où tout concourt à démontrer une identité fondamentale.
Entre deux croyances qui entraînent des conséquences aussi opposées, le naturaliste, le physiologiste ne peuvent hésiter. — Voilà pourquoi nous croyons à l'unité spécifique de l'homme, pourquoi nous combattons ceux qui proclament la multiplicité des espèces humaines.
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Examen des objections faites à la doctrine monogéniste. — Observations générales. — Nature de l’espèce. — Accord des naturalistes.
L'ensemble des faits exposés dans Les chapitres
précédents conduit à affirmer deux choses, savoir la réalité de l'espèce et l'unité de l'espèce humaine. - L'espèce, dans le règne végétal et dans le règne animal, s’est montrée comme quelque chose de fondamental, d’essentiel à la nature organisée de notre âge géologique. — Variable dans des limites bien plus étendues qu’on ne l’admet d'ordinaire, elle peut enfanter un nombre indéfini de races sous l’empire de conditions pour la plupart encore indéterminées, mais toujours dépendantes du milieu.
Ces races peuvent différer l’une de l’autre autantque diffèrent entre elles des espèces, et même des espèces de genres voisins quoique distincts. Mais, dit M. Isidore Geoffroy, « si différents qu’ils puissent être, tous les êtres organisés qui, dans la nature, se relient intime-
ment entre eux sont aussi bien d’une seule et même espèce que toutes les branches qui tiennent de près ou de loin à un même tronc constituent un seul et même arbre. Et de même que des arbres, pour être très-semblables et très-voisins, n’en restent pas moins essentiellement distincts ; de même toute collection naturellement formée d'individus, fût-elle très-restreinte et caractérisée par de très-légères différences, est une espèce distincte, si ces différences suffisent pour l’isoler de toute autre suite d’individus!. »
La race et l’espèce se distinguent d’ailleurs l’une de l’autre par deux ordres de faits. — D’une espèce à l’autre, on ne trouve jamais ces suites graduées dont parle M. Isidore Geoffroy ; ces suites existent au contraire d’une race à l’autre dans les espèces les plus profondément altérées, les plus diversifiées. — Entre espèces, toutes les unions croisées présentent, à des degrés divers, les phénomènes de lhybridation; entre races, les mêmes unions donnent naissance aux néneeiénes du métissage.
Or, d’un groupe humain à l’autre, on trouve tous les intermédiaires imaginables, et de plus entre groupes humains, le croisement présente au plus haut degré les caractères d’un métissage. — Ces
1.Je ne pouvais mieux résumer mes propres idées qu’en empruntant ce passage au livre de M. Isidore Geoffroy. On voit que dans les conclusions générales l'accord entre mon éminent confrère et moi se soutient jusque dans la forme employée pour les traduire. C’est certainement bien à l'insu l’un de l’autre que nous avons comparé l'espèce au tronc et les races aux branches d’un arbre, M. Geoffroy dans son livre et-probablement dans ses lecons orales, comme moi dans mes cours.
groupes sont donc autant de races d’une espèce unique.
Comme toutes les espèces végétales ou animales, cette espèce est variable. Le milieu agit sur elle et la transforme. — Cet action s'exerce sous nos yeux dans des races en voie de formation ; elle est et doit être plus prononcée dans les races plus anciennement constituées, et pourtant jamais dans l’espèce humaine la variation n’atteint les limites extrêmes constatées chez les plantes ou les animaux, parce que, grâce à son intelligence, l’homme se défend toujours plus ou moins contre le milieu. d
Telle est la solution que la doctrine monogéniste donne du problème posé au début de ce travail. Pour y arriver, elle se borne à étudier soigneusement les faits, à les grouper, à les interpréter en vertu des lois de la physiologie générale. Est-ce à dire qu’elle fasse disparaître ainsi toutes les difficultés, qu’elle ferme la bouche à toutes les objections? Non certes; mais ces difficultés ont été singulièrement exagérées, ces objections sont rarement sérieuses, et il en est souvent qui ne font que dévoiler le peu de fondement des doctrines polygénistes. Notre travail serait incomplet si nous n’entrions pas ici dans quelques détails. — Passons donc maintenant en revue les principaux arguments invoqués par les adversaires des idées que nous défendons.
Écartons d’abord certains reproche qui ne sont pas, à vrai dire, des objections, et qu’on est surpris de voir se one constamment et toujours sous la même forme. — À qui soutient la réalité, la permanence des espèces et à plus forte raison l'unité de
l’espèce humaine, les raïlleries, les sarcasmes, les injures mêmes n’ont jamais manqué depuis que ces questions s’agitent. Il est à regretter de voir les polygénistes employer de nos jours encore ces armes de mauvais aloi. L'école de Morton, pas plus que les autres, n'échappe à ce reproche. Pour elle, le monogénisme est tout au moins une hypothèse rétrograde, fondée uniquement sur des préjugés traditionnels et un esprit de secte indigne du dix-neuvième siècle; c’est un dogme et non pas une doctrine scientifique ; la raison, affranchie par la science, doit savoir s'élever plus haut, et sur ce thème bien rebattu elle sème quelquefois des plaisanteries spirituelles, parfois aussi de bien lourdes déclamations.
Après ces marques de dédain, après ces fières déclarations, on s’attend naturellement à voir cette école rester sur le terrain scientifique et abandonner aux théologiens, si rudement traités par elle, le terrain des livres de Moïse. — Eh bien! non.— Plus elle a attaqué le dogme en opposition avec ses théories, plus elle semble éprouver par moments le besoin de réconcilier celles-ci avec la Bible. En Amérique, les représentants les plus distingués de cette école, suivant la voie ouverte par la Peyrère, ont publié dans cette direction des travaux considérables !, et, à en juger par les comptes rendus de quelques séances de sociétés ou de meetings scientifiques , les polygénistes ont mêlé la théologie à l’anthropologie tout autant que leurs adversaires. — Pourquoi donc se montrer si sévères envers ces derniers, et leur reprocher avec
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