Voy. surtout les Types of Mankind
tant d’äpreté précisément ce qu sis sont re prêts à faire eux-mêmes ?
Les polygénistes européens tombent plus rarement dans la contradiction que nous venons de signaler. Ont-ils le droit pour cela d'employer le même langage et d’opposer aux partisans du monogénisme une sorte de fin de non-recevoir fondée sur la concordance de cette doctrine avec un dogme quelconque? Évidemment pas davantage.
Il y a deux manières d’être esclave d’un livre, d'une croyance. — Celui qui nie partout et toujours ce qu'il y trouve ou croit y trouver, n’est pas plus libre de préjugés que celui qui affirme aveuglément les mêmes choses. Qu'on aille chercher dans la Bible des raisons pour ou contre, qu’on veêuille arguer de la vérité ou de la fausseté d’un dogme pour résoudre une question d'histoire naturelle, ce sera toujours mêler à la science des considérations d’un autre ordre. Peu importe que le point de départ soit une affirmation ou une négation. Pour être de la théologie retournée, ce n’en sera pas moins de la théologie. — Ainsi, à qui ne parle qu'au nom de la science, les polygénistes doivent répondre par des raisons exclusivement de même nature, sous peine de mériter tous les reproches qu’ils prodiguent si aisément.
Mais, nous dit-on, « tous les monogénistes ont eu et ont encore le tort immense d’invoquer comme preuve à l'appui de leurs idées une autorité qu’il n'est pas permis de discuter !. » — Cette assertion est
1. De la pluralité des races humaines, par M. George Pouchet.
au moins étrange. — Si, comme le polygénisme, mais pas plus que lui, le monogénisme a ses théologiens, il a aussi, et en plus grand nombre peut-être que son antagoniste, des partisans qui n’ont jamais quitté le terrain des sciences naturelles. Pour ne citer que trois noms, Buffon, Müller et Humboldt n’ont certainement pas cherché leurs convictions ailleurs. Or, qu’on ouvre l'Histoire naturelle, le Manuel de physiologie ou le Cosmos, on n’y trouvera guère d'arguments tirés de la Bible, mais bien des opinions en complète harmonie avec toutes celles que nous avons exposées, des conclusions semblables aux nôtres. À vrai dire, nous n'avons fait que marcher dans.la voie ouverte par ces grands maîtres, et c’est au lecteur à juger si nous avons eu recours à des autorités surnaturelles. — Laissons donc de côté ces assertions sans fondement, ces allégations inexactes ; laissons à chacun ses croyances religieuses ou philosophiques, et arrivons aux seules objections qui méritent qu’on s’y arrête, à celles qu'on soulève au nom de la science même. |
Nous ne pouvons en vérité accepter comme sérieuses celles qui n’ont d’autre fondement que l’incertitude de quelques résultats de la pratique journalière.— 11 est très-vrai que les botanistes, que les zoologistes ont parfois de la peine à se mettre d’accord sur quelques déterminations spécifiques, et que les uns considèrent comme des espèces distinctes ce que d’autres regardent comme des races ou même de simples variétés; mais on a singulièrement exagéré le nombre de ces divergences. Pour employer le langage des classificateurs, nous dirons qu’à côté
d’une espèce douteuse on en trouve cent et plus de très-bonnes sur le compte desquelles tout le monde est d'accord. Arguer de ces difficultés de l'application à des cas isolés pour mettre en doute la réalité de l'espèce, c’est agir comme si on niait l'existence des lois astronomiques, parce que l’observation des astres ne coïncide pas rigoureusement avec le calcul, parce que les résultats donnés par deux observateurs également habiles ne sont pas toujours identiques, parce qu'entre mathématiciens même, il se manifeste parfois des divergences profondes au sujet de certaines théories spéciales. Cette objection n’en est pas moins une de celles qu’on adresse le plus souvent à ceux qui accordent à l’espèce, dans l’ordre général actuel, la place que nous lui attribuons. Il est vrai qu'elle n’est guère soulevée que par des personnes étrangères à la botanique, à la zoologie, qui n'ont par conséquent point eu à s'occuper de déterminations spécifiques, et qui sont dès lors facilement entraînées à s’exagérer le nombre et l'importance de quelques divergences d'opinion, de quelques incertitudes inévitables dans toute pratique d’une science quelconque.
Toutefois, parmi les paléontologistes, quelques vrais savants ont été frappés de ces divergences, de ces incertitudes , au point d’en arriver, eux aussi, à douter de la réalité de l'espèce. — M. d'Omalius d’Halloy, que l’Institut s’est depuis longtemps associé comme un des plus dignes représentants de la géologie européenne , a très-nettement insisté sur ce point dans une circonstance solennelle ; et plus
franc que la plupart de ceux à qui il apportait l'ap-
pui d’un nom justement respecté de tous, il a posé des conclusions ‘. À ses yeux, « l’espèce n’est pas quelque chose de plus tranché que les autres modifications que la science distingue dans les produits des forces naturelles. » Elle n’est guère qu'un groupe artificiel à peu près comme le sont le genre, : la tribu, la famille.
Nous croyons avoir répondu d'avance à cette doctrine de l’éminent géologue belge ; mais nous comprenons sans trop de peine comment elle a pu graduellement se développer chez lui et chez d’autres savants voués aux mêmes travaux. — Pour juger des affinités, le paléontologiste n’a que des ressemblances et des différences matérielles à sa disposition. Il ne s’occupe pas de physiologie; il n’a sous les yeux que des êtres incomplets etsurtout des êtres morts.Il n’y a dans les fossiles ni père, ni mère, ni enfants; l’idée de la famille physiologique, à plus forte raison l’idée de la filiation de semblables familles, ne lui est donc jamaissuggérée par ses propres observations. En réalité, 1l n’étudie que des individus, et ne juge que par la ressemblance. Dans l’idée que le paléontologiste se fera de l'espèce, l’un des deux termes que nous avons vus être nécessaires pour en avoir une notion exacte sera donc toujours plus ou moins effacé. Rien n’appellera son attention sur les modifications héréditaires que peut subir un type primitif. La distinction nette de la race et de l’espèce devient dès lors impos-
1. Discours sur l’espèce, prononcé à la séance publique de la classe des sciencés de l’Académie royale des sciences, lettres et beaux-arts de Belgique, par M. d’Omalius d’Halloy, président,
sible, et dès lors aussi la confusion est inévitable. — De ce fait à douter de la distinction réelle des espèces, à les regarder comme des groupes de convention, il ne saurait y avoir loin, En concluant comme il l’a fait, M. d’Omalius s’est montré parfaitement logique.
Les hommes qui ont étudié la nature vivante sont arrivés à des conclusions bien différentes. De quel côté est la vérité? Nous: avons tâché de le montrer, et c'est avec une satisfaction bien vive que nous pouvons placer, en regard des preuves directes exposées dans ce travail, celle qui résulte de l'accord unanime entre tant de naturalistes si divers d’esprit et de tendances. Déjà nous avons signalé ce fait important. Aussi, au lieu de nous répéter et de parler en notre nom, nous préférons citer textuellement le zoologiste que l’ensemble de ses travaux, et surtout ses dernières publications, ont Hits blémEnt Fe à la tête de l’école Pop hique française.
Voici comment s'exprime M. Isidore Geoffroy immédiatement après la comparaison que nous avons reproduite plus haut : « Telle est l’espèce et telle est la race, non-seulement pour une des écoles entre lesquelles se partagent les naturalistes, mais pour toutes, car la gravité de leurs dissentiments sur l’origine et les phases antérieures de l’existence des espèces ne les empêche pas de procéder toutes de même à la distinction et à la détermination de l'espèce et de la race. Tant qu'il s’agit seulement de l’état actuel des êtres organisés (accord d’autant plus digne d’être remarqué qu'il n’existe guère qu'ici), tous les naturalistes pensent de même, ou du moins agissent comme s'ils pensaient de même... Il n'y a donc de
Cuvier à Lamarck lui-même qu’une seule manière de concevoir l’espèce au point de vue taxonomiquet. »
Certes il a fallu qu’une autorité bien puissante pesât sur les théories de toutes ces écoles pour les plier au point d’en arriver à se confondre à propos d’une question aussi générale, aussi grave; et quelle peut être cette autorité, si ce n’est celle de la vérité se manifestant de telle sorte qu’elle devenait impossible à nier!
Il y a dans cet accord, si hautement proclamé par la voie la plus autorisée, de quoi donner à réfléchir aux arthropologistes qui, plus ou moins étrangers aux sciences naturelles, et n’ayant pas pratiqué laborieusement l'espèce, comme le dit M. Godron, abordent avec une inexplicable confiance ce problème compliqué, et le résolvent en sèns contraire de tous les naturalistes. — Peu disposé à juger sur la parole d'un maître quelconque, nous n’avons jamais demandé à personne d'agir ainsi. Toutefois, lorsqu'il s’agit d’une question toute spéciale, il nous semble que ceux-là méritent le plus de confiance qui s'en sont le plus occupés; et quand ces juges naturels, divisés sur une foule d’autres points, en arrivent sur cette question à une entière conformité d'opinion, il nous semble difficile de ne pas croire qu'ils sont dans le vrai. Tout au moins nous croyons-nous obligé de revoir avec soin toutes les pièces avant de protester contre leur décision. — Nous ne croyons donc pas
1. Après ce témoignage si formel, appuyé dans l’ouvrage de M. Geoffroy de toutes les preuves nécessaires, que penser des assertions sur le désaccord régnant entre les naturalistes dont parlent sans cesse un si grand nombre d’auteurs polygénistes ?
être exigeant outre mesure en demandant aux anthropologistes dont il s’agit de s'occuper sérieusement des espèces avant de prononcer que l'espèce en général est autre chose que ce qu’ont vu en elle l’école philosophique comme l’école positive, Lamarck comme Cuvier.
Mais, dira-t-on, l'accord dont vous parlez n’existe que pour l'état actuel des choses! Dès qu’ils cherchent à s'élever au-dessus du fait qui les presse et les domine, dès qu'ils veulent s’en rendre eompte et remonter aux origines, les naturalistes ne s’entendent plus ; la guerre fait place à la paix. — Cela est vrai, et en cela même se trouve la justification de la marche adoptée dans nos cours, dans ce livre qui les résume. On nous a accusé d’être timide; nous croyons n'avoir été que prudent. Eh! mon Dieu! aussi bien que personne nous connaissons par expérience ces curiosités violentes, ces élans impérieux de l'esprit qui emportent l’homme le plus sage par delà les temps et les espaces. Comme tous ceux qui sondent les secrets de la nature, nous avons eu contre ces mystères nos moments d’irritation et de révolte. Fatigué de ces que sais-je? de ces je ne sais pas; que le savant est si souvent forcé de se répéter à luimême, nous avons maintes fois délaissé le champ du réel pour voyager par la pensée dans le monde du possible. Nous nous sommes fait à nous-même maint roman que nous trouvions très-beau ; mais la facilité avec laquelle nous en changions du tout au tout le cadre et les détails nous éclairait sur sa nature. — Voilà pourquoi, dès qu’il s’agit de science vraie, nous en revenons bien vite aux temps, aux lieux que peu-
vent atteindre l'expérience, l’observation, c’est-àdire à la période actuelle, à la nature que nous connaissons.
« Il y a au commencement de toute chose une période de formation dont notre vie embryonnaire est une assez fidèle image ‘. » — Cela est vrai, au moins sur notre globe. Notre planète et tout ce qui lui appartient, corps bruts et êtres organisés, ont subi des révolutions, ont traversé des états divers; la géologie en fait foi. Dans ces âges primitifs, les conditions générales étaient loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui. — 1! est donc bien possible que les manifestations de la vie fussent autres que de nos jours. — Il est possible que les affinités, les alliances, la fécondité des animaux ne fussent. pas renfermées dans les limites actuelles. — J} est possible que les espèces d'alors fussent beaucoup plus variables que celles d’à présent, bien que rien ne paraisse l’indiquer. — It est possible que l’hybridation fût à ces époques aussi aisée que le métissage l’est encore, et que les hybrides se soient constitués en espèces. intermédiaires, quoique la paléontologie ne nous apprenne rien à cet égard. — 11 est possible enfin que « les espèces ne changent plus, parce qu’elles ont déjà changé autant qu’elles pouvaient le faire. »
Mais que font toutes ces possibilités, et bien d’autres qu’on semble vouloir nous opposer, à la distinction, dans l’ordre actuel des choses, de l'espèce et de la race, et par suite à la réalité de la première? — De ce qu'aux anciens âges du monde les phéno-