‹ Unité de l'espèce humaineChapitre 40 sur 66 · Ten years in Australia · texte numérisé non relu

Ten years in Australia

ilrépondit que, la mère étant morte, et aucune femme ne pouvant se charger d’allaiter son fils, il avait évité à celui-ci une mort plus douloureuse. — La faim, cette mauvaise conseillère, est donc la cause de ces coutumes cruelles, etcomments’étonner que l’Australien les applique avec plus de rigueur encore aux enfants dont la couleur trahit l’origine étrangère?

Mais il est en Australie des districts où la nourriture est plus assurée et où la mère peut plus aisément écouter la voix de la nature, le père putatif celle de l’indulgence. — Aussi sur les bords de la Murrumbidgee et de la Murray, trouve-t-on dans chaque tribu de nombreux métis. Butler Earp et Mackensie sont tous deux complétement d’accord sur ce point. Tous deux emploient cet argument pour prouver le peu de chasteté des Australiennes. Mais par là même aussi tous deux démontrent, sans même se douter que la question ait pu être posée, combien les assertions de M. Jacquinot sont inexactes, combien peu on est en droit de les invoquer à l'appui des doctrines polygénistes.

Passons du croisement du blanc avec le Tasmanien.

« À Hobart-Town et sur toute la Tasmanie, ajoute M. Jacquinot, il n’y a pas davantage de métis. » Ce second passage, tout aussi affirmatif que le précédent, a été également reproduit par Nott, cité par les polygénistes. — Cette fois du moins personne n’ajoute que les noirs et les blancs vivent en contact dans cette île. On sait comment les choses s’y sont passées. — C’est en 1803 qu'un premier noyau de sol-

dats, de colons et de convicis anglais, partis de Port-

Jackson, tenta de s'implanter sur cette terre. Vingt-sept ans après, l’île entière était occupée. L’immense majorité de la population noire avait succombé; maïs le peu qui restait gènait les nouveaux occupants. La loi martiale fut proclamée, et une véritable traque, que Darwin a justement comparée à celle qu’on pratique dans les grandes chasses de l’Inde ‘, fut organisée. La colonie fournit un volontaire sur six hommes et dépensa près de sept cent mille francs? ; mais aussi la race nègre tout entière fut promptement exterminée ou réduite à se livrer. Des terres lui furent assignées d’abord à Great-Island ; puis, en 1835, on transporta tout ce qui en: restait dans l’île Flinders. Au dire du comte Strzelecki, on comptait à cette époque deux cent dix individus ; en 1838, il n’en restait que quatre-vingt-deux ; en 1842, cette population était réduite à quarante-quatre, et il n’était né que quatorze enfants depuis la transportation; en 1852, les naissances avaient complétement cessé, et quelques vieillards survivaient seuls*. — Aujourd’hui sans doute il ne reste plus de cette race que les bustes rapportés par M. Dumoutier et déposés dans les collections du Muséum.

Certes, alors que de pareils rapports règnent entre le peuple conquérant et le peuple conquis, il serait

1. Journal of Researches into the natural history and geology.

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