MIGRATIONS
d’une nation de navigateurs, a pu et dû conduire les flottes d’Asie en Amérique, comme il a pu et dû entraîner en Californie les embarcations imparfaites des peuples moins habiles à lutter contre la mer. — Enfin, le grand courant équatorial atlantique a fort bien pu amener dans l’Amérique méridionale et dans le golfe du Mexique un certain nombre d'hommes enlevés aux côtes d'Afrique; mais ces, derniers faits ont dû être en tout cas assez rares, car la plupart des populations littorales africaines paraissent s'être peu livrées à la navigation. |
De l’ensemble des considérations que nous ne pouvons qu'indiquer ici!, il résulte que l'Amérique a ju se peupler par des hommes venant du dehors; que ces hommes ont dû être surtout des Asiatiques appartenant aux races qui occupaient les côtes de la Chine , du Japon et des terres qui s’étendent jusqu'au détroit de Behring ; que des races blanches européennes ont pu pénétrer de même en Amérique, mais avec plus de difficulté; et par conséquent en nombre moins considérable ; enfin que les populations africaines ont pu entrer pour une part, mais une part nécessairement très-faible, et sans doute toujours involontairement, dans cette immigration.
Les faits s’accordent-ils avec ces possibilités qui
1. Sur toutes les questions relatives aux lois qui règlent l’ensemble des vents et des courants maritimes , le lecteur consultera avec autant de plaisir que d'utilité l'ouvrage de M. Félix Julien, lieutenant de vaisseau, dans lequel l’auteur résume tout ce que nous ont appris les études si importantes du commandant Maury, des États-Unis, et les recherches les plus récentes sur la physique générale du globe (Courants et révolutions de l'atmosphère et de: la mer). ,
ressortent de la vue du moindre atlas de géographie, mais surtout de l’étude des belles cartes dues à M. de Kerhallet :? C’est ce que nous allons rapidement examiner.
Et d’abord, pour ce qui concerne le détroit de Behring et la chaine des îles Aléoutiennes , nous avons à citer une preuve frappante de la facilité qu’ils offrent aux communications. — Les Tchouktchis, cette population si différente de toutes les races placées si haut vers les pôles, étaient naguère campés à la fois en Asie et en Amérique ; ils occupent ercore une partie des deux côtes?: il faut bien qu'ils aient passé de l’une à l’autre. Parfois ils se visitent réciproquement pour traiter quelques affaires. — A lui seul, cet exemple suffirait pour montrer comment l’ancien continent a pu verser dans le nouveau une partie de sa population.
Or, les races qui habitent les îles et les rivages asiatiques dont il s’agit sont loin d’être homogènes. — On y rencontre, à côté des populations mongoles, qui dominent en nombre, d’autres populations dans lesquelles l'élément blanc est pur ou presque pur *. Ces mêmes régions possèdent la race la plus velue,
1. On consultera surtout avec fruit les deux cartes reproduites dans les Considérations générales sur l’Océan Pacifique.
2. Les Tchouktchis asiatiques se sont avancés vers le nord et occupent aujourd’huiles plages occidentales du détroit de Behring, dont ils ont chassé ou détruit les anciens habitants.
3. Les hautes castes japonaises, qui représentent les conquérants de ce pays, ont à un haut degré tous les caractères de certaines races blanches. Les Tchouktchis eux-mêmes rappellent d’une manière étrange à la fois les races blanches et les peauxrouges des États-Unis,