‹ Unité de l'espèce humaineChapitre 28 sur 53 · Davis et Thurnham, Cranta anglica · texte numérisé non relu

Davis et Thurnham, Cranta anglica

peuple tout entier rigoureusement intermédiaire entre deux autres? Mais lorsqu'il s'agit des animaux, pas un éleveur n'en demande autant. — Faudrait-il que les métis d'Amérique formassent d'ores et déjà une race limitée et assise ? Mais cette race est encore en voie de formation, et des mélanges incessants s'opèrent sans cesse entre ces métis et les trois races mères. Comment pourrait s'être établie cette uniformité qu'on semble demander, et qui n'existe chez nos animaux domestiques que dans les troupeaux rigoureusement surveillés et soumis à une sélec^ tion sévère pendant un nombre considérable de générations?

Toutefois ce qui n'a pu s'accomplir encore sur un vaste continent entre des millions d'hommes s'est opéré pour des communautés restreintes. Il existe des races mixtes parfaitement assises et répandues sur un espace plus ou moins étendu, qui résultent du croisement de deux races regardées par la plupart des polygénistes comme des espèces parfaitement distinctes et parfois le plus opposées. — C'est un fait qu'affirment, en dehors de toute controverse, des voyageurs qui racontent simplement ce qu'ils ont vu : MM. Quoy, Gaymard, Lesson pour les Papouas à tête de vaudrouille^ décrits pour la première fois par Dampier, et qu'on trouve à la côte nord de la Nouvelle- Guinée ainsi que dans un certain nombre de petites îles voisines ; MM. Spix et de Martius* pour les Cafusos

1. M. de Martius, correspondant de Tlnstitut, est un des botanistes les plus éminents de rAlIemagne. Il est d'ailleurs polygéniste, et cette circonstance donne une double valeur à son témoignage.

des forêts de Tarama au Brésil ; une foule de voyageurs laïques ou missionnaires pour les Griquas du Cap. — Prichard et la plupart des monogénistes avec lui ont cité ces exemples. — Les polygénistes les ont naturellement combattus, et, comme d'ordinaire, ont mêlé à leurs arguments des plaisanteries parfois spirituelles, souvent aussi bien hasardées.

A la rigueur, on comprend cette négation quand il s'agit des Papouas de Dampier. — A en juger par les descriptions qu'on en a faites, ils présentent, il est vrai, tous les caractères d'une race tenant à la fois du nègre océanien et du Malais ; ils reflètent même par les différences de taille, de force, de vigueur qu'on observe chez eux, les caractères des deux principales races existant dans les populations noires de l'Orient*. Néanmoins, historiquement parlant, on manque de données sur leurs commencements, et dès lors on peut logiquement agir pour eux comme pour toutes les autres races dont l'origine se perd dans la nuit des temps.

Mais il n'en est plus de même quand il s'agit des Cafusos et des Griquas. On sait d'où sortent ces deux populations, qui se sont formées de nos jours. — Les premiers ne sont autre chose que des métis d'Indiens et de nègres, qui ont fui les établissements européens et sont allés chercher la liberté dans les plaines de la forêt de Tarama, dont ils ont peuplé les solitudes. A en juger par les descriptions et les dessins que nous en possédons, le type de ces métis se se-

1. Ces différences, qui confirment si bien l'opinion des voyageurs français, ont été signalées à titre d'objections par quelques auteurs polygénistes.

rait à la fois légèrement modifié et quelque peu amélioré sous rinfluence d'une liberté complète. — Quant aux Griquas, Prichard a eu le tort de les regarder comme représentante eux seuls la population entière des Bastards ou BasUrs^ issus du croisement des races hollandaise et hottentote. Ses contradicteurs sont tombés dans la même erreur. De là est résultée une confusion qui a pu donner aux arguments des polygénistes une apparence de fondement, mais qu'il est aisé de faire disparaître en résumant les principaux détails donnés par divers voyageurs*.

D'après Nott, MM. Hombron et Jacquinot auraient regardé comme infertile le croisement du blanc avec le Hottentot. — Nous avons vainement cherché cette assertion dans les écrits de nos compatriotes. En tout cas, l'exemple serait malheureusement choisi. Levaillant, qui ne songeait guère à la question qui nous occupe ici, s'exprime à ce sujet dans les termes suivants : « Les Hottentotes obtiennent de leurs maris trois ou quatre enfants tout au plus. Avec les nègres, elles triplent ce nombre, et plus encore avec les blancs. » — Nous retrouvons donc au Cap ce que M. Hombron avait observé en Amérique. Loin de diminuer, la fécondité s'accroît dans la race locale par le croisement avec les races étrangères.

Là d'ailleurs, comme dans toutes les anciennes colonies, le blanc rejetait dans les derniers rangs de la société ces fils qu'il avait mis au monde. Une loi interdisait le mariage légal entre les indigènes et les

1. Entre autres par Kolbe, Levaillant, Burchell, Thompson, Moffat, Livingstone, Arbousset, Daomas, et M. Cazalis, qui a bien voulu nous communiquer quelques faits précis et inédits.

étrangers*; le Bastard n'était même pas baptisé. « Cette race, ajoute Levaillant, multiplie beaucoup. » Le même voyageur estime à un sixième de la population hottentote le chiffre de ces métis. Or la colonie du Gap fut fondée en 1 650 ; le voyage de Levaillant est de 1783. Ainsi c'est dans l'espace de cent vingthuit ans environ que le nombre des métis avait acquis cette proportion.

Plus actifs, plus turbulents que les Hottentots, ces Bastards ou Basters inspirèrent des craintes, et on les refoula le plus possible dans l'intérieur des terres. La plupart d'entre eux franchirent les déserts, s'établirent au delà de l'Orange, et là, en guerre avec les deux races dont ils étaient le produit adultérin, ils se livrèrent au plus effréné brigandage, et se rendirent redoutables. — En 1799, des missionnaires tentèrent pour la première fois, mais en vain, de les amener à un autre genre de vie. En 1803, deux autres missionnaires, Anderson et Kramer, firent un nouvel essai. Ils s'attachèrent à leurs hordes errantes et les suivirent pendant cinq ans. Cette persévérance porta ses fruits. Un certain nombre de Bastards embrassèrent le christianisme et se fixèrent à Klarnwatter. Pour se distinguer de ceux qui continuaient à mener une vie vagabonde et faire oublier le mépris qui s'attachait à leur nom, ils prirent le nom de Griquas^, donnèrent à leur capitale le nom de Griqua-Town^ et se choisirent des chefs pris successivement dans la même famille, celle des Kok.

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