Prichard, Researches into thephysieal history ofmankini
2. Voici, d'après M. Boudin, la mortalité sur 1,000 hommes occasionnée par les fièvres dans les soldats de cinq provenances différentes que TAngleterre entretient à Tile de Ceylan :
Nègres 1,1
Indigènes de l'Inde 4,5
Malais 6,7
Indigènes de Ceylan 7,0
Anglais .... 24,6
On remarquera que les indigènes de Ceylan ne viennent qu*au quatrième rang, et souffrent par conséquent de leur climat natal plus que les populations importées. A lui seul, ce fait suffirait pour ré<'uter la doctrine de Knox et de ses adhérents.
commune à plusieurs groupes de plantes ou d'animaux , ne se manifestant jamais chez tous les individus qui entrent dans la composition d'un seul de ces groupes, se montrant dans tous avec les mêmes caractères, et seulement plus rare chez les uns, plus fréquente chez les autres? — Pas un, certainement.
Au reste, ce qui achève de prouver combien les immunités plus ou moins prononcées dont jouit la race nègre sont loin d*ôtre des caractères d'espèce, ce qui leur donne au contraire à un haut degré le cachet des caractères de races, c'est qu'elles s'acquièrent et ^e perdent, c'est qu'elles dépendent du milieu. — Lors de l'expédition des Anglais sur le Niger en 1841, presque tous les blancs furent atteints de fièvres graves, presque tous les noirs au contraire échappèrent à ce fléau de l'Afrique tropicale. Or les onze nègres qui seuls furent malades « avaient tous habité l'Angleterre pendant plusieurs années, circonstance à laquelle ils étaient peut-être redevables d'avoir perdu une partie de leur immunité*. » Déjà Winterbottom avait remarqué que les fièvres sont très-communes parmi les nègres amenés de la Nouvelle- Ecosse à Sierra-Leone, et Pritchard, en citant le fait, en avait tiré la même conséquence que M. Boudin.
Ainsi la race nègre, transportée hors de l'Afrique, se désacclimate, au moins jusqu'à un certain point, de sa patrie originelle. En^ revanche, en arrivant dans des milieux différents, en s' acclimatant ailleurs, elle acquiert des immunités nouvelles. — On sait que le
1. Cette réflexion de M. Boudin a d'autant plus de poids que Tauteur a fait et continue encore des recherches spéciales sur les mmunités médicales propres aux diverses races humaines.
noir est bien moins exposé que le blanc aux atteintes de la fièvre jaune. Il transmet au mulâtre cette précieuse faculté, et Nott va jusqu'à déclarer qu'un quart de sang nègre est à ses yeux un préservatif aussi certain contre cette épidémie que la vaccine Test contre la variole'. Eh bien! cette immunité, le nègre ne la possède pas en arrivant d'Afrique. Du moins le docteur Clarke, dans son histoire de l'épidémie qui ravagea la Dominique de 1793 à 1796, assure-t-il que tous les nègres récemment importés furent frappés par le fléau, tandis que ceux qui habitaient Tîle depuis longtemps lui échappèrent*.
Après des exemples pareils, est-il encore possible de voir dans les immunités plus ou moins complètes dont nous parlons des caractères d'espèce ? est-il encore possible de méconnaître l'influence profonde exercée sur les facultés les plus intimes de l'organisme humain par les actions de milieu?
Si la difficulté, pour un homme, de vivre ou de se propager dans une contrée quelconque était la preuve qu'il est d'une autre espèce que les habitants de cette contrée, on n'aurait pas besoin d'aller chercher en Afrique, en Asie, en Amérique, des exemples de la multiplicité des espèces humaines. On en trouverait
1. S'il en est réellement ainsi, on peut voir quel avenir cette immunité assure au mulâtre dans les États-Unis du sud et dans toute FAmérique méridionale. Ici encore la race transportée se trouve supérieure à la race indigène , car les tribus américaines ont souvent été décimées par la fièvre jaune. Humboldt pense que l'espèce de peste qui ravagea Fempire des Aztèques avant Tinvasion des Espagnols, et qui est désignée dans leurs annales sous le nom de matlaxahuatl , n'était autre chose qu'une épidémie de cette nature.